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L’ANPEI et moi. (Michel DESTRADE, décembre 2008)


Lors de notre dernière assemblée générale, la remarque fut faite que certains n’adhérent à notre association que pour bénéficier de l’assurance de la flotte. Bien sûr, c’est pour eux, avant tout, un moindre coût, mais, à en rester là, ne ratent-ils pas quelque chose qui vaut beaucoup plus : la chaleur humaine assortie d’une aide désintéressée ?

Ma femme et moi, pratiquons l’ANPEI depuis 1995 et ... sans y être assurés ! il doit donc bien y avoir autre chose : en fait, je venais de terminer mon bateau et nous sentions confusément le besoin de nous familiariser avec le monde nouveau du tourisme fluvial et celui d’une information vraie, non mercantile. Notre projet était de visiter la France, du nord au sud, de l’est à l’ouest, sans ramener le bateau à la maison, l’hivernant à l’endroit de la fin de saison. Et c’est ce que nous avons réussi sans problème tout au long des années, grâce à l’ANPEI.

Voilà comment, après une fréquentation préalable de l’ANPEI-Île-de-France (merci, Gérard et Michèle), je savais au départ de ma première longue croisière, Seine aval-Oise-Somme-Aisne-canal des Ardennes, où étaient les bonnes haltes, les petits pièges de navigation, les restos sympas, le ravitaillement en vivres et en gazole avec, pour finir, l’adresse d’un chantier sérieux, pour l’hivernage à Pont à Bar.

Et nous avons poursuivi cette politique avec les régions du Nord, des Vallées Lorraines, du Centre Nivernais, du Couloir Rhodanien, de l’Arc Méditerranéen, de l’Entre-deux-mers et même en Bretagne sur les bateaux de Michel et Thérèse, de Paul et Colette. Selon notre projet de l’année, nous participions à la réunion ou à la croisière organisée par la région concernée, parfois en voiture (et hébergés sur un bateau, eh oui ça se fait, avec en plus, au matin, les croissants de Jacques et Françoise), parfois avec le nôtre après un hivernage à Scy-Chazelles, près de Metz, à St Jean de Losne, à Beaucaire (oui, je confesse que là, j’ai été pistonné par l’association ...), à Lattès (encore avec recommandation), à Agen et même sur le latéral à la Garonne près de Buzet sous la surveillance de Jean-Marc.

Déjà, vous devinez que l’information et l’aide apportée par les camarades de l’ANPEI valent largement le coût de la cotisation.

Mais il y a mieux et beaucoup plus : la convivialité désintéressée !

Comme dans beaucoup d’associations, particulièrement chez les originaux comme nous, il y a, dès le début, un crédit d’amitié, sans période d’observation ni examen préalables au contraire d’un nouveau logis ou d’un nouveau travail. Et cette amitié, avec la loterie des sympathies, se développe plus profondément à l’occasion des croisières en groupe.

Oui, nous sommes en général de sacrés individualistes qui aiment notre liberté et j’avoue une préférence pour la navigation en solo. Mais les croisières organisées par les régions ont du bon, elles nous ont personnellement permis d’approcher de près et d’apprécier la gentillesse des gens du Nord (on sait s’y amuser, hein ! Jean-Pierre et Annie, ce 14 juillet d’enfer, dans le bistrot à la frontière belge), le sérieux et la solidité de l’Est (l’Eau-Reine, à Sarreguemines, c’est quelque chose, Raymond), que les habitants de Lyon ne sont pas aussi pincés que leur réputation (à preuve Jacques et Hélène) et qu’enfin la fantaisie du Midi est bien plaisante (j’en suis et je reconnais que la merguez bien carbonisée au son de l’orgue de Barbarie de “l’Aldébaran”, il faut avoir connu cela au moins une fois dans sa vie).

Et ce populaire canal-charter avec nos bateaux aux Mantelots à Châtillon, et les chauves-souris à Dôle dans le palais des Arbalétriers, et la manade dans le mistral à Beaucaire... C’est aussi l’occasion de fréquenter des gens nouveaux, du chômeur professionnel au chef d’entreprise retiré des affaires, de l’amoureux du petit bateau “fait maison” au fier propriétaire du yacht “image de réussite”, de celui qui court la gueuse, de celui qui lève le coude, de celui qui bat sa femme... et j’en passe, dans cette véritable tranche de la société française qu’est la population de l’ANPEI, du peu argenté à celui qui l’est un peu plus, réunis dans la même passion.

Et puis il y a ces aventures inédites : nous nous étions arrêtés, un peu après Toulouse, sur le latéral à la Garonne, un endroit tristounet, près d’un pont en fer, pour faire quelques courses dans un Leclerc invisible du canal, mais qui nous avait été indiqué à une rencontre de l’Entre-deux-mers quelques jours auparavant. Donc, nous y déambulions tout à nos achats lorsqu’un appel a claironné dans le magasin : M. et Mme Destrade sont demandés à l’accueil !!!!!! Imaginez notre stupeur, car personne ne pouvait savoir que nous étions là .... même nous, une demie-heure auparavant.
Ah ! Ah !... sauf l’ANPEI : Jean et Françoise, présents à cette précédente réunion, qui habitaient dans le coin, en passant sur le pont, avaient reconnu notre bateau, n’y avaient trouvé personne et connaissant les ressources limitées du lieu, savaient où nous trouver. L’histoire s’est terminée chez eux. L’ANPEI, c’est aussi cela.

Oui, on peut recevoir beaucoup de l’association. On peut aussi donner : chacun de nous, avec ou sans diplôme en poche, possède une compétence particulière à offrir. Je me souviens, à mes débuts, avoir organisé une croisière sur l’Ourcq, près de Paris. Ce ne fut pas “la Bérésina” mais ma propre conclusion fut “peut mieux faire”. Depuis, je professe un grand respect pour les organisateurs de nos rencontres, en particulier, et pour nos dirigeants, en général. J’ai poursuivi plus heureusement au conseil d’administration comme rédacteur du Musard’Eau (vous pouvez consulter ces chefs d’œuvres dans les archives du site Internet) grâce aux articles envoyés par nos camarades. J’ai aussi filmé puis distribué quelques vidéos des croisières en Île de France, dans le Nord, le Couloir Rhodanien, le Centre Nivernais, l’Arc méditerranéen et l’Entre deux mers. Plus modestement, il m’arrive aussi, lors de ces apéritifs entre bateaux (débutant vers dix-huit heures pour se terminer à la nuit d’été bien avancée), de conter des histoires comme celle de mon oncle qui était curé dans les Landes (ça, c’est inventé) et dont le chien avait appris à parler dans une école à Bordeaux (ça, c’est vrai, enfin... peut-être).

Recevoir et Donner, voilà l’Harmonie de notre association, l’ANPEI.

Michel de L’Air du Temps.

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