samedi 30 juillet 2005
(Un récit de Gérard PROTEAU, juillet 2005)
Deux compères amoureux de la navigation calme pratiquée sur le canal latéral à la Garonne ne laissaient pas passer un week-end sans venir taquiner quelques écluses aux environs de Fontet, lieu de repos de la pénichette " Choupy " dont l’un des comparses est l’heureux propriétaire.
Mais, telle la chèvre de Monsieur Seguin, notre pénichette tirait sur ses chaînes et son équipage rêvant d’autres rivages jetait de longs regards au-delà de l’écluse de Castet en Dorthe et observait cette Garonne qui, par ses courants et ses marées, leur paraissait pleine de mystères et de dangers.
Alors, on rêve, on suppute, on étudie. Que d’éléments nouveaux : les courants, les marées. Diable, un fleuve qui coule à l’envers la moitié du temps ? Le balisage !!! Un fleuve qui devient mer avant de s’y jeter !
Château de Vayres sur la Dordogne
Enfin, un beau dimanche de juillet, cambuse fort approvisionnée, y compris quelques bonnes bouteilles en fond de cale et tous réservoirs pleins, les amarres sont larguées, et de Fontet nous voguons vers l’aval. L’air est doux en ce beau matin d’été. Les eaux scintillent. Les arbres projettent leur frondaisons sur le canal et nous passons de leur ombres rafraîchissantes au plein effet d’un soleil resplendissant dans un ciel sans nuage. Quelques écluses sont passées lentement et nous voici devant notre première expérience : l’écluse de Castets en Dorthe, bel ouvrage qui permet le passage en Garonne.
Prévenus de notre arrivée, les éclusiers ont préparé notre passage et les portes sont ouvertes. Venant d’amont, pas de surprise, les eaux sont de même niveau et nous pénétrons dans le sas. Amarres frappées sur les bollards et prêtes à être filées à la demande, les éclusiers ouvrent les vantelles et nous commençons à descendre. Là, au premier passage, il faut bien avouer qu’une légère angoisse nous étreint. On descend, on descend . 9 mètres de dénivelé, c’est haut. Un vrai puits. Les bajoyers nous revoient l’écho de nos voix qui résonnent comme dans une caverne. Le ciel devient bien petit au dessus de nos têtes. Mais les eaux se stabilisent et les portes en aval s’ouvrent. Les éclusiers nous renvoient les amarres et en avant pour la grande aventure Nous sortons du sas et notre horizon s’élargit Mais attention ! Le premier pont routier est devant nous et respectant la signalisation, nous passons sous l’arche près de la rive gauche. Nos calculs de marées étaient précis et de suite un courant descendant sensible nous entraîne vers l’aval.
Nous découvrons alors un panorama plus large : les rives boisées, les fermes, les villages, les cultures. Quelques toitures à notre droite nous font deviner Saint Macaire et c’est bientôt Langon avec une très belle perspective sur son église et ses ponts. Mais le courant s’accélère. Le fleuve s’élargit. Nous traversons la région des Graves et passons au large de villages dont les crus prestigieux nous font venir le goût de leurs vins à la bouche.
Les méandres s’affirment, le courant forcit et il faut viser de loin et juste pour passer sous les ponts. Bientôt Bègles dont le port de plaisance nous invite à une halte mais nous voulons atteindre Bordeaux avec cette marée et poursuivons droit vers les ponts de la capitale d’Aquitaine. . Nous passons avec joie sous le Pont de Pierre aux 17 arches, longeons en rive gauche les quais et la splendide façade du XVIII ème siècle pour accoster au ponton près de l’entrée des bassins à flots. Quelques courses, une bonne soupe et au lit.
Arrivée à Bordeaux pont SNCF et pont St Jean
Escale sur le ponton d’attente du bassin à flot à Bordeaux
Au matin, réveil en fanfare par le passage de péniches dont le sillage fait danser notre pénichette. Vers dix heures, à marée haute, nous entamons la descente du fleuve. Beau temps, vue d’ensemble des installations portuaires et passage sous le pont d’Aquitaine. Puis on longe en rive droite le port de Bassens, port commercial de Bordeaux aux installations imposantes : 3 Km de quais.
Passage sous le pont d’Aquitaine
Devant nous, une drague au travail nous fait de grands signes. Deux coups de trompe et un 90° à gauche durant 10 secondes lui indique notre désir de passer à sa poupe.
Les ouvriers nous font de grands gestes d’amitié au passage et nous poursuivons la route, plein pot, avec le jusant
Le fleuve s’élargit, les cotes s’éloignent. La rive gauche n’est plus qu’un mince filet de verdure . Nous ne sommes plus sur un canal mais sur un fleuve qui devient un bras de mer au fur et à mesure de notre descente. Devant nous, la vue s’étend jusqu’à un horizon lointain. Nous longeons la rive droite en suivant respectueusement le balisage maritime. La région est industrielle et les amers nombreux : usines, appontements pétroliers et surtout, amer remarquable, les quatre cheminées d’une ancienne centrale thermique qui nous servira longtemps de repère.
Nous approchons du Bec d’Ambés que nous contournons presque à la reverse pour embouquer la Dordogne dont les coteaux, en rive droite, nous offrent un magnifique panorama sur les châteaux et les vignes. Le but fixé pour ce soir est en vue : la halte nautique de Bourg sur Gironde repérable par une épave de la dernière guerre. Halte un peu décevante : pas d’accueil, pas d’eau, pas d’électricité, ponton d’accostage sans défense et aux ferrailles dangereuses pour les coques. Mais par contre, très joli village : la citadelle, le vieux quartier, et sur une place en bordure du petit port un splendide lavoir couvert du XIII ème siècle. Le repas du soir est agrémenté d’une valse des assiettes due au proche et trop rapide passage d’un hors-bord dont le conducteur se livrait à une démonstration de vitesse. Nos protestations véhémentes et sonores ont été entendues car le pilote, après un accostage proche est venu s’excuser. Excuses acceptées et, échange d’idées.
Arrivée au Bec d’Ambes, rencontre avec la Dordogne
Les ponts de Cubzac
Nuit calme et au matin, départ à marée basse pour remonter la Dordogne avec le flot. Un vrai bras de mer. Le passage sous les ponts de Saint-André-de-Cubzac est impressionnant. Les berges présentent une zone vaseuse jusqu’au niveau des plus hautes mers, mais au-delà, quel ravissement que cette succession d’arbres aux essences diverses, de cultures : vignes, maïs mais aussi de chartreuses et châteaux qui portent à croire à la douceur de vie de cette région, mais aussi au labeur des hommes. Les rives se rapprochent lentement, mais c’est encore une large rivière qui nous fait déboucher sur le plan d’eau de Libourne.
Au ponton de Libourne
Recherche d’un point d’accostage. La halte nautique départementale, au ponton d’accès branlant, ne nous inspire pas et nous accostons au ponton de la péniche de haut luxe " Mirabelle " après accord téléphonique de Tim, son capitaine.
Passage du pont de pierre à Libourne
Libourne : jolie petite ville qui conserve des vestiges de son passé de bastide du XIII ème siècle ainsi que des quais dont l’ampleur rappelle une grande activité fluviale au temps jadis. Visite de la ville, quelques couses au marché aux couleurs vives des fruits et des fleurs et repas du soir à " La guinguette " restaurant en plein air, sur les quais, avec une jolie vue sur le plan d’eau et d’où nous veillons le bateau.
Au matin, nous décidons d’explorer en premier l’Isle, affluent de la Dordogne, lorsque nous sommes rattrapés par le mascaret. Spectacle étrange que cette vague qui, remontant le cours d"eau à grande vitesse et avec bruit de l’aval et qui indique que la marée repousse le courant de la rivière. Nous sommes en petit coefficient et la vague n’a qu’une trentaine de centimètres mais la vue en est impressionnante. Départ avec le flot. Pas de balisage . Alors, c’est la découverte d’une rivière dont les berges se rapprochent peu à peu et sont couvertes d’une végétation dense. Une succession impressionnante d’installations de pêche au carrelet atteste de la richesse de la rivière en aloses et lamproies. Mais les cannes sont souvent doublées de petites cabanes aux couleurs pimpantes ce qui nous laisse supposer que les séances de pêche se concluent souvent par de joyeux festins bien arrosés. Pas de possibilité d’accostage en rives, alors, à proximité du village de Savignac, nous nous amarrons en rive droite à une racine, à l’ombre d’un grand chêne dans un cadre de verdure. Un bon repas, une sieste salvatrice, nous poussons jusqu’à Saint Denis-de-Pile. La marée se retirant et en l’absence de balisage, nous jugeons prudent de la suivre. Lent retour à Libourne et " La Guinguette " nous attire de nouveau. La soirée est douce, le ciel nous couvre de son tapis scintillant
Mais une foule se presse sur les rives. Qu’est-ce ? Mais nous sommes le 14 juillet. Nous assistons alors en première loge bien assis sur l’avant de notre pénichette à un beau feu d’artifice tiré sur le Pont de Pierre à moins d’une centaine de mètres de notre ponton.
Au jour suivant, nous voulons diriger nos tours d’hélice en Dordogne, en amont de Libourne. Départ une heure avant les basses eaux. Le mascaret nous rattrape nous entraînant avec le flot. La rivière est encore large et majestueuse, les fonds sont francs et la navigation ne présente aucune difficulté. Les rives sont verdoyantes et de doux reliefs couverts de forêt se déroulent à notre droite. Nous doublons des villages aux toitures pimpantes et c’est bientôt Branne et son pont routier. Nous poursuivons les méandres et arrivons à Saint Jean de Blaignac dont le ponton d’accostage, très bien agencé, situé en rive gauche avant le pont routier nous attire. Bon site d’étape qui nous permet un repos bien mérité.
Escale à St Jean de Blagnac
Nous voudrions pousser plus en amont, mais la sagesse nous commande de revenir paisiblement sur Libourne. Ce retour nous offre des vues différentes mais les larges panoramas nous ravissent.
Cette journée sur la Dordogne était si attrayante que nous avons mobilisé quelques éléments de nos familles qui par la route nous ont rejoints en matinée de ce sixième jour de voyage. De nouveau la Dordogne, le mascaret, les arbres, les forêts, les méandres aux panoramas changeants, spectacle identique mais toujours différent suivant la luminosité du ciel et la hauteur du soleil. Même étape à Saint Jean de Blaignac avec en prime un grand repas : fruits de mer, grillades sur barbecue, desserts, le tout, arrosé de grands vins de Bordeaux naturellement.
Retour, avec au passage, aimablement accueillis par le propriétaire connu de l’un des nôtres, la visite du château de Blaignac dominant la rivière.
Retour sur Libourne et repas de famille à " la Guinguette " dont nous devenons les pensionnaires du soir.
Mais au matin suivant, il faut penser au retour à notre base et c ’est avec un peu de nostalgie que nous quittons ce plan d’eau de Libourne en nous promettant de revenir pour pousser plus en amont nos découvertes de ces belles rivières. Nous sommes encouragés dans cette décision par le geste aimable du patron de " La Guinguette " venu nous offrir le pot d’adieu sur le ponton. La rivière s’élargit et un vent contraire nous gratifie d’une eau agitée qui secoue notre pénichette de façon déplaisante nous faisant apprécier notre arrivée à Bourg sur Gironde que nous connaissons bien maintenant.
Arrivée à Castet en Dorthe. Le château, l’entrée des écluses du latéral à la Garonne
Au matin suivant, nous entamons notre dernière étape et sur le conseil d’un professionnel nous partons deux heures avant la basse mer. Nous doublons le Bec d’Ambés et remontons la Garonne avec courant contraire pendant une heure. Mais bientôt le flot nous prend et la vitesse s’accélère. Nous retrouvons nos amers en sens contraire, les hautes cheminées, les réservoirs à carburants, les usines. Déjà la silhouette des grands moulins de Bordeaux se profile puis le pont d’Aquitaine. Nous traversons la ville à vive allure et remontons la Garonne. Nous nous présentons à l’écluse de Castet - en - Dorthe vers quatre heures de l’après-midi. Nous franchissons l’écluse sans difficulté et reprenant le rythme de notre navigation habituelle. Nous franchissons les quatre écluses suivantes pour arriver à la base de Fontet ou après ce grand voyage la pénichette retrouve son amarrage habituel.
Un beau voyage. De beaux et nombreux souvenirs
Langon impressionnante grue des tronçons de l’A380
Terminal de la barge transportant les différentes parties de l’A380