jeudi 8 novembre 2007, par Michel David
La Seine amont : quel intérêt, me direz-vous ? Il est vrai que les premiers jours sont conformes aux prévisions, avec beaucoup de bateaux de commerce, peu de plaisanciers, pas beaucoup d’endroits pour se rencontrer. Mais après Saint-Mammès, le trajet devient agréable, la Seine est très sauvage, bordée de grands arbres, avec des possibilités de mouillage forain dans des bras menant à d’anciennes gravières.
Les rencontres en Seine amont entremêlent les pécheurs et leurs drôles d’engin, la nature et les oiseaux, les plaisanciers, les villes que nous n’aurions jamais visitées sans cette ballade en bateau, les écluses de la Petite Seine et leurs éclusières remplaçantes d’été.
Les pécheurs « industriels » et leurs drôles d’engins, que l’on peut voir après Chinagora. Après détection visuelle de matériel suspect sur la rive, les jumelles permettent de détailler des cannes à pèche en batterie, type orgue de Staline, avec un système multi supports permettant de contrôler neuf cannes, chaque support étant muni d’une clochette pour repérer la canne où un poisson s’est fait piéger. Je me dis en regardant cet engin que je suggérerais bien une amélioration en mettant en place des clochettes aux sons différents pour chaque canne de manière à avoir une belle mélodie aléatoire en cas de pèche miraculeuse.
La nature et les oiseaux, l’aube avec le brouillard sur la Seine, comme dans les contes de la lune vague après la pluie, le film du japonais Mizoguchi, avec des espèces de bulles blanches qui passent entraînées par le courant. Ce ne sont pas des détergents, mais des résidus tombés des arbres en cette fin de mois d’août. L’eau est douce et agréable pour la baignade, dans les endroits laissés libres par d’anciennes exploitations de gravières. Malgré tous mes efforts, il m’est impossible d’approcher à la nage des cormorans qui se contentent de toujours maintenir la même distance entre eux et moi. Déjà en quittant Paris, le bateau passe entre d’importantes colonies de cygnes. Nous en retrouvons deux dans l’écluse de Jaulnes.
Les portes de l’écluse sont ouvertes le matin, pas pour que nous puissions rentrer pour sasser après avoir passé la nuit juste en amont de l’écluse, mais pour que les deux cygnes qui y sont rentrés la veille puissent vaquer à leurs occupations pendant la journée. Les hérons qui s’élancent de la rive à notre passage sont nombreux. Une association a répertorié plus de 200 espèces d’oiseaux observés depuis 1993 sur la réserve ornithologique du Carreau-Franc, près de Marolles-sur-Seine.
Nous rencontrons des bateaux connus, Maria à l’écluse de Chartrettes, Badger à Saint-Mammès, Luctor à Saint-Mammès, Utopia à l’écluse de Marolles, mais également des inconnus. Ce bateau hollandais à Nogent-sur-Seine est une barque aménagée avec un moteur hors-bord capricieux qui cale dans le courant, et qui vient frapper assez durement le quai dont une partie est immergée. Mais le capitaine à la voix de stentor connaît le moyen de redémarrer le moteur en le titillant gentiment. Et l’eau et l’électricité ne l’intéressent pas. Un autre jour, en revenant vers Paris, après l’écluse d’Evry, nous voyons devant nous les plaisanciers anglais qui sassaient avec nous perdre leur annexe envolée dans la bourrasque, et nous la récupérons dans les embruns grâce à une manœuvre hardie, puis nous la leur rendons quelques centaines de mètres plus loin, nous sur notre petit « tupperware » et eux sur leur beau tjalk. A Montereau, nous pouvons à peu de frais faire étalage de notre science auprès d’un plaisancier australien, en « fixant » le problème du courant coupé au compteur électrique central, après que celui-ci ait sauté suite à une mauvaise manipulation de ma part sur la borne de quai.
Les villes inconnues, que nous n’aurions jamais en l’occasion de connaître sans bateau.
Saint-Mammes et Moret-sur-Loing, avec la halte fluviale sur les bords du Loing empruntés pour rejoindre la ville, le moulin à eau quand on arrive, puis la place de l’hôtel de ville, la tribune et le buffet d’orgue de l’église Notre Dame, la maison du Bon Saint Jacques qui abritait les religieuses fabriquant le sucre d’orge, … Nogent-sur-Seine, la ville où les Claudel ont séjourné, et la ville d’Alfred Boucher, qui a initié Camille Claudel à la sculpture, avant Auguste Rodin. Les maisons à colombage, restaurées, sont superbes. La halle est encore en activité. L’église Saint-Laurent, le théâtre, les grands moulins, le musée, … avec même la possibilité de trouver une carte mémoire pour un appareil photo, bien sur pas chez un photographe.
Enfin les écluses, grandes et automatiques sur la majeure partie du trajet, puis manuelles sur la fin, avec leurs éclusières remplaçantes d’été dont il faut parfois interrompre la lecture. Dans la partie Petite Seine, on ressent très agréablement un effet service à la carte, en ayant le fleuve pour soi, les écluses sont ouvertes quand on y arrive, on croise seulement deux bateaux de commerce par jour, très peu de plaisanciers vont jusqu’à Nogent-sur-Seine, bref c’est le calme absolu.
Pour en savoir plus
Le site du Yacht Club de Chartrettes, parfaitement maintenu par Bruno Chanal, puis cliquer sur Escales et Ports
Le site de Fluvial, les voies navigables - Haute Seine -Petite Seine -
Le guide du plaisancier de VNF est bien fait, même si ses informations doivent être vérifiées car elles ne sont parfois pas à jour. Il peut être obtenu auprès de VNF - 18, quai d’Austerlitz à Paris ou être téléchargé (2,7 Mo).