samedi 30 juillet 2005
Un guide du Canal de Bourgogne, c’est bien. Mais il faut pouvoir s’arrêter et séjourner.
(information Gérard Cottenceau, Coteaux du Layon II, Juillet 2005)
Dans le numéro 154 de Juillet-Août 2005 le magazine Fluvial consacre un très bon dossier au Canal de Bourgogne. Heureuse initiative, ce numéro comprend un guide du Canal sous une forme pratique et avec une grande quantité d’informations qui seront utiles aux plaisanciers.
L’équipe de Fluvial a recueilli ces informations au cours du mois de Juin 2005 et, coïncidence, nous avons emprunté le canal, de Laroche-Migennes à St-Jean-de-Losne, tout au long de ce même mois de Juin.
Ainsi le drapeau de l’ANPEI flotte sur la page de couverture du Guide du Canal de Bourgogne. C’était, en fin d’après-midi, à proximité de Marigny-le-Cahouët (non ce n’est pas en Bretagne), à la sortie de l’une des écluses des échelles commencées le matin à 9 heures à Venarey-les-Laumes pour s’achever à 19 heures 15.
Ce dossier de Fluvial, je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt et je me suis immédiatement senti frustré de mon périple. Etait-ce bien la même voie d’eau empruntée par M.-P. Simon ? Pourquoi ne pas avoir pleinement apprécié tout ce que décrit si bien C. Berg dans ses trois articles ?
Il est vrai que le mois de juin a été perturbant par son climat. Au début du mois des matins frisquets avec à peine 10 degrés dans le bateau et qui nécessitent l’utilisation du chauffage, la seconde quinzaine avec une canicule qui nous faisait craindre le retour de l’été 2003. Mais lorsqu’on aime Dame Nature on ne se laisse pas impressionner par ses caprices.
Ce n’est pas, non plus, le ravitaillement qui nous a posé problème. Nous savions l’approvisionnement difficile le long du canal alors frigo et cambuse étaient garnis pour plusieurs jours.
Les éclusiers étaient disponibles, ponctuels et charmants sur l’ensemble du parcours.
Alors, où est l’erreur ?
Pourquoi n’avons nous pas pleinement profité de notre séjour ?
Et puis, sommes-nous les seuls à avoir eu ce sentiment ou bien, d’autres équipages l’ont-ils éprouvé avant nous au point de ne jamais revenir ? Nous avons connu de très nombreuses journées sans croiser un bateau et nous avons rencontré moins de dix équipages français au cours de la traversée.
Dans les discussions on entend "Vous voyez, même les sociétés de locations ne restent pas sur le Bourgogne, il y a trop d’écluses …". La location est peut être victime de la conception du séjour sur l’eau qu’elle a développé afin de n’exploiter qu’un seul filon de clientèle. Toujours plus de luxe, toujours plus vite … Mais les besoins et les aspirations des plaisanciers propriétaires de leur bateau sont très différents de la clientèle de location.
Et si l’avenir de la fréquentation du Bourgogne reposait désormais sur les plaisanciers propriétaires de bateau, du moins tant qu’un nouveau type de location n’aura pas émergé ?
Car les besoins et aspirations des propriétaires de bateau, c’est quoi ?
Au début, le propriétaire copie sur la location. Il se fait un programme, beaucoup d’heures de navigation et avec l’objectif de revenir avec un beau tableau pour le nombre d’écluses et le nombre de kilomètres parcourus. Au fil des ans, le virus de la vie sur l’eau et de son environnement devient de plus en plus fort mais il devient fin gourmet et il déguste. S’arrêter quelques jours dans un bief parce que le coin est superbe. Se faire une journée entièrement consacrée à la pêche. Décider qu’aujourd’hui on va prendre les vélos, suivre la rigole d’alimentation et aller voir le réservoir. Et puis demain on partira à pied dans un grand périple pour aller visiter une chapelle reculée, ou, à l’automne cueillir des champignons. Et puis encore, si la chaleur persiste, on ira se baigner dans la rivière qui longe le canal.
On pourrait ainsi continuer longtemps. Profiter pleinement de tout l’environnement de la voie d’eau, de son patrimoine, de la nature environnante … Les propriétaires sont majoritairement des retraités, ils ont le temps.
Est-ce que le Canal de Bourgogne est aménagé pour cela ? Non.
Est-ce que cela demande beaucoup d’investissement ? Non.
Le canal de Bourgogne devrait être sillonné par de très nombreux bateaux mais il faut pouvoir s’arrêter et il faut pouvoir séjourner.
Séjourner sur le canal suppose que l’on puisse s’arrêter et s’amarrer facilement.
le faucardage des berges doit être effectué, impossible de sauter sur la berge sans pouvoir vérifier la présence de trous. Si c’est une question de moyens, pourquoi ne pas entretenir dans chaque bief un espace régulièrement fauché qui permettrait l’amarrage plutôt que d’attendre un hypothétique fauchage de plusieurs kilomètres qui n’intervient que fin juin début juillet.
aux abords des écluses, à l’approche des villages il existe des poteaux d’amarrage. Ils ont l’avantage de se voir de loin même si le fauchage n’est pas effectué. Ils pourraient permettre de s’amarrer sans sauter à terre afin de pouvoir vérifier la présence de trous une fois le bateau amarré. Dans la grande majorité des cas, à l’emplacement de ces poteaux, les berges sont effondrées et le tirant d’eau garanti l’engravement.
on trouve également des poteaux d’amarrage avec un bord de canal empierré et en pente, aucun bateau en polyester ne va risquer d’abîmer sa coque.
les sociétés de location ne peuvent s’approprier en totalité les quais du domaine public, si un loueur a besoin d’une juste place pour ses bateaux il doit laisser un espace suffisant pour les bateaux de passage.
dans les chaînes d’écluses des amarrages doivent être prévus. Le plaisancier doit pouvoir choisir de passer la chaîne en plusieurs tronçons.
Séjourner sur le canal suppose que l’on puisse faire provision d’eau.
les points d’eau sont trop rares et ils ne peuvent êtres répartis en fonction du nombre de jours de navigation pour aller d’un point d’eau à un autre. L’approvisionnement en eau doit être adapté à des plaisanciers qui musardent et donc des points d’eau plus fréquents.
les habitants des communes riveraines paient l’eau et il est donc normal que les plaisanciers en fasse autant. Mais il faut des tarifs raisonnables, on ne peut accepter de devoir acquitter 3 euros pour 100 ou 150 litres d’eau.
Le Canal de Bourgogne est un très beau canal qui doit donner envie de revenir. Il constitue le maillon indispensable du circuit Saône, canal du Centre, canal du Nivernais et Yonne. Si on veut que les plaisanciers le fréquentent régulièrement il faut des amarrages dignes de ce nom et la certitude d’un approvisionnement en eau potable suffisant et à des tarifs décents.
Projet pour l’entrée et l’avant-port du Canal de Bourgogne à Laroche. J. Foucherot ingénieur, 1811 (Archives nationales