lundi 30 mai 2005
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(Reportage Michel David)
" Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage prennent des Albatros, vastes oiseaux des mers, … " … C’est avec en tête cette référence à Charles Baudelaire que nous découvrons la devise de ce pinardier, péniche au gabarit Freycinet amarrée dans l’ouest de Paris.
Yannick, adhérent de fraîche date à l’ANPEI, a entrepris une aventure un peu démesurée : remettre en état cette unité construite à Choisy-le-Roi, baptisée le 22 octobre 1958 (scorpion comme Yannick), active dans le ravitaillement d’eau et le transport des vins entre 1958 et 1999, pour pouvoir naviguer en toute convivialité avec ses amis.
Le sauvetage de l’Albatros
L’Albatros était à l’abandon en Seine aval, et a connu toutes les misères de cet état : squatté, bombé, vandalisé, avec des tonnes de gravats dans sa cale.
Ce pinardier mesure 38,8 m de long pour 5,05 de large. Il pèse 30 tonnes à vide, avec une possibilité de 380 tonnes de charge utile. Son tirant d’eau à vide est inférieur à 50 cm (il faut savoir que 1,5 tonne de charge utile fait enfoncer la coque de 1 cm !). Son moteur, d’origine, très bien entretenu, est un Baudouin de 150 chevaux. Yannick a acheté la péniche Albatros juste avant qu’elle ne soit déchirée, le 28 avril 2004.
| Yannick,
fils et petit-fils de bricoleurs très confirmés, est d’origine Bretonne (ses grands-parents sont de Bréhat). Il a connu très tôt les joies et les difficultés du dériveur en Bretagne Nord. Fils de militaire, il rejoint l’armée française à 18 ans et effectue de nombreux voyages sur différents théâtres d’opérations. Il devient responsable de la publication d’un journal interne, puis il décide de quitter l’armée à 43 ans. Mais Yannick veut continuer de voyager. Pourquoi une péniche, alors qu’un bateau plus " classique ", type Trawler, semblait mieux convenir ? Le hasard y est pour quelque chose, et aussi, peut-être, l’effet " Atalante ", en référence au film de Jean Vigo. |
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Suite à une avarie de moteur lors d’une sortie en Seine avec son petit pêche-promenade, Yannick a fait la connaissance de Marie-Laure qui l’a aidé. Cette personne vit sur une péniche, et la très forte impression laissée par la visite de cette unité a décidé Yannick à rechercher un bateau du même type.
Il s’est mis en chasse, est finalement tombé sur l’Albatros, et a décidé de l’aménager lui-même complètement.
Yannick s’est certes fixé un objectif très ambitieux, mais il faut dire que ce n’est pas son coup d’essai. Il a déjà à son tableau de chasse la remise en état totale d’un petit bateau de 4,8 m en polyester, lui aussi à l’abandon, obtenu contre une bouteille de whisky après une dure négociation.
Yannick a également remis à neuf deux maisons mitoyennes, avec chacune cinq niveaux (dont deux de cave), pour pouvoir les mettre en location.
Les travaux en cours
Yannick réalise tous les travaux lui-même, en apprenant les astuces auprès des mariniers. Quand on décape une coque en acier pour pouvoir la repeindre, on découvre ainsi de la corrosion, qui peut parfois entraîner des voies d’eau. Voulez-vous connaître la recette de l’aveuglement rapide ? En premier lieu, calfeutrage express avec un chiffon imbibé de graisse moteur, puis réalisation d’un coffrage en bois entourant la voie d’eau, et enfin vidage d’un sac de ciment pur sur l’ensemble. Et ça tient plusieurs années !
Par ailleurs, grâce à l’ANPEI, il a déjà pu avoir des contacts avec d’autres adhérents qui lui permettent de tenir compte des expériences et des réalisations déjà faites.
Yannick note sur son livre de bord tous les travaux qu’il réalise :
mai 2004, nettoyage de l’Albatros. Comme la péniche déjaugeait à l’avant, Yannick a introduit à la main cinq tonnes de petits pavés récupérés afin de lester la proue. Ce type de sport est très bon pour la ligne, cela permet par exemple de perdre huit kilos ! juin 2004, grattage des œuvres mortes, goudronnage et passage au minium pour protéger les tôles, juillet à septembre 2004, extension de la timonerie, pour la faire passer de 4 m2 à près de 30 m2, en ayant récupéré les matériaux nécessaires sur trois ou quatre péniches en instance de déchirage . Une grande salle de séjour surplombe ainsi le bâtiment. octobre et novembre 2004, réalisation d’un véritable petit appartement sous la timonerie (deux chambres, salle de bain, cuisine américaine). Et, le 4 novembre 2004, jour de son anniversaire, Yannick a passé sa première nuit sur l’Albatros ! Yannick remplit son livre de bord des photos prises au fur et à mesure de l’avancement de ses travaux, ce qui lui permet de combattre les coups de cafard liés à l’étendue de la tâche qu’il s’est fixée, et aux difficultés de la vie à bord pendant l’hiver.
En février 2005, Yannick a terminé le grattage et le nettoyage de la cuve à eau, de 7 m3. La réfection du fond de la péniche est prévue entre mai et juin 2005. En même temps, la péniche sera raccourcie d’une dizaine de mètres.
L’objectif pour la fin des travaux est le mois de juin 2006, soit de l’ordre de deux années après l’achat.
Yannick réalise tous ses travaux avec des matériaux de récupération. Si Agnès Varda l’avait connu, il aurait pu figurer dans son film " Les glaneurs et la glaneuse ".
Le futur Albatros
Après sa rénovation, L’Albatros sera alors séparé en trois parties distinctes, de la poupe à la proue :
le carré arrière, pour le propriétaire, avec la salle à manger et la timonerie, la partie centrale, pour les invités, avec une salle de bain spacieuse, un grand salon et des chambres en mezzanine permettant de coucher quatre couples. Des expositions pourront être organisées dans le salon (la mère de Yannick est artiste peintre), la partie avant, avec un studio comprenant couchage, sanitaire et salon, pour l’équipage ou les amis proches. Courage, Yannick, tu vas bientôt être à mi-parcours de la tâche que tu as entreprise. Ton projet est également partagé par des amis, et tu remercies Caroline, Didier, Jean-Yves, Michel et Philippe pour leur aide.
Tu vas réussir à le mener à bien, et nous prenons rendez-vous pour la croisière inaugurale. En l’attendant, pourquoi ne pas tenir dans les salons de l’Albatros notre prochaine réunion ANPEI de l’Ile-de-France ?
Et, nul doute qu’après cette renaissance, le nouvel Albatros sera " semblable au prince des nuées, qui hante la tempête et se rit de l’archer ".
