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Paris - La Ferté-Milon et retour sur l’Ourcq, c’est possible !

jeudi 15 mai 2008, par Michel David


A condition d’avoir un bateau de moins de trois mètres de large, avec peu de tirant d’eau. Notre bateau, Lucille, un Miss (Espade) 920 étant identique à ceux qui étaient loués à La Villette jusqu’en 1999, nous avons décidé de rallier La Ferté-Milon depuis le port de l’Arsenal à Paris.

Nous partons de l’Arsenal, avec Rémi à la barre, le vendredi 25 mai 2007 dans la matinée. Un des éclusiers du canal Saint-Martin nous avertit que nous sommes téméraires de vouloir aller vers la Ferté-Milon, avec tous les quartiers chauds à traverser, les caddies sous les ponts, etc … Nous croisons un bateau Canauxrama, un Freyssinet de commerce (eh oui), et longeons les quais où les « campeurs » sont encore fort nombreux à l’époque.

Nous arrivons au bassin de La Villette pour déjeuner, après que deux américaines nous aient demandé à l’écluse de La Villette si nous voulions bien les prendre à bord … Nous stationnons quai de Loire, et après le déjeuner, nous décidons d’aller prendre le café quai de Seine, près du cinéma MK2. Nous réussissons à nous amarrer en faisant croire aux personnes attablées à la terrasse du café que nous sommes de vrais pros, prenons notre café, et allons saluer Monsieur Dubreuil et Madame Vandendegen du service des canaux parisiens tout proche.

La Villette – Varreddes

Nous prenons les dernières consignes pour le support en cas de problème (et vous verrez que ce n’était pas inutile) et les clés pour les écluses, puis nous regagnons le quai de Loire. Delphine nous rejoint pour le week-end après un énorme orage, nous dînons et terminons la soirée au bar branché du quai de Loire, le bar Ourcq.

Nous quittons La Villette le samedi en début de matinée, passons sous le pont levant de Crimée après un excellent accueil VHF à l’écluse de Flandre, puis glissons le long des fresques sur les murs au bord du canal.

Nous passons l’écluse de Sevran tous seuls comme des grands, après quelques tâtonnements avec la clé, qui doit être maintenue en position de déclenchement pendant tout la durée de l’opération. Nous sommes surpris de voir qu’au PK 20.5 le canal de l’Ourcq est rétréci par un barrage de grosses pierres, Lucille passe tout juste. Nous apprendrons plus tard que ce barrage a été mis en place pour conserver une profondeur correcte dans le bief en amont de ce mini barrage jusqu’à l’écluse de Fresne.

Jusqu’à Claye-Souilly où nous arrivons en milieu d’après-midi, nous constatons beaucoup de travaux de réfection des palplanches qui sont remplacées par de grosses pierres. Notre moteur est un hors-bord en puits à essence, nous partons pour la corvée de ravitaillement avec les bidons et le caddie, à plus de trois kilomètres, avec de nombreuses difficultés (escaliers, routes fréquentées à traverser, pas de trottoirs, …), enfin la routine. Dimanche matin, nous vérifions le fonctionnement du moteur avant de partir. Nous devons nettoyer les lumières de la crépine pour le refroidissement qui sont obstruées par des herbes, et nous devrons réaliser cette opération pratiquement tous les jours pendant notre voyage.

Nous franchissons sans problème le pont levant de Claye-Souilly, qui se trouve juste en amont de la halte, sans que nous ayons eu besoin de faire appel au support des canaux parisiens (le tirant d’air est donné pour 2m60, nous avons enlevé les mâts du pavillon et du feu de proue). A l écluse de Fresne, deux personnes des canaux parisiens sont présentes, elles ont été prévenues par une personne retraitée du service des canaux à Claye-Souilly. Dans la nuit de samedi à dimanche, le niveau du bief a été relevé d’une dizaine de centimètres, car la partie entre Claye-Souilly et Fresne est celle dont la profondeur est la plus faible.

Nous déjeunons au niveau de l’usine élévatoire de Trilbardou, que nous avions visitée en 2006.

Au PK 44, une grue sur un ponton pour la réfection des palplanches nous laisse tout juste le passage. Nous arrivons à Villenoy, l’ancienne base de la société Ourcq Loisirs en fin d’après-midi, juste avant Meaux. Nous pouvons faire de l’eau dans une petite maison (avec douches et sanitaires) juste à côté de la halte, cette maison s’ouvre avec la clé permettant de manœuvrer les écluses.

Lundi, Delphine prend le train pour retourner à Paris, elle travaille, elle !

Nous quittons Meaux ensuite pour atteindre l’écluse de Varreddes à midi. Les portes aval et amont de l’écluse sont fermées. Nous tentons vainement d’ouvrir la porte aval avec la clé. Nous appelons alors le support, et une des deux personnes vues dimanche à l’écluse de Fresne arrive un quart d’heure plus tard et débloque l’écluse. La largeur de l’écluse de Varreddes est de 3m10, nous tirons Lucille à la main, après avoir relevé les pare battages.

Varreddes – La Ferté-Milon

Nous passons le pont levant de Congis-sur-Thérouanne sans être obligé de demander de le lever (le tirant d’air est donné pour 2m40, nous sommes à 10 cm du tablier du pont, en serrant la rive droite, en faisant attention à la barge stationnée juste en aval, et au pécheur qui ne se déplace qu’en maugréant).

Nous avons subi jusqu’à présent beaucoup d’averses, mais vers Lizy-sur-Ourcq un épouvantable orage de grêle nous tombe dessus pendant dix minutes, suivi de la formation d’une brume très épaisse au-dessus du canal. Non, nous n’avons pas besoin d’aller au Japon dans un film de Kenji Mizogushi pour être dans l’atmosphère des contes de la lune vague après la pluie, il suffit d’être au PK 75 sur le canal de l’Ourcq !

Un peu plus tard, au PK 87, juste avant le pont de Gesvres, une barge des canaux parisiens est en travers du canal, son amarre de poupe étant détachée (sans doute après l’orage du week-end précédent).

Nous appelons le support. Sans doute attiré par le bruit que nous faisons, un beau sanglier noir se pointe à une cinquantaine de mètres du bateau pour voir, puis nous quitte quelques minutes plus tard, estimant sans doute qu’il ne se passe finalement rien de bien intéressant, sans même nous proposer de nous aider à tirer la barge, ce que réalise notre accompagnateur des canaux parisiens à l’aide de sa voiture. Nous pouvons repartir peu après et atteindre Neufchelles une heure plus tard, pour y passer la nuit.

Le lendemain mardi nous quittons Neufchelles en début de matinée, nous nous arrêtons pour visiter à pied le canal de Clignon interdit à la navigation, le pont canal et la commanderie de Moisy.

Nous ne pouvons faire fonctionner l’écluse de Mareuil avec la clé que nous possédons. Nous faisons à nouveau appel au support. La clé n’est pas la bonne, nous prenons possession d’une nouvelle clé qui va fonctionner sur les quatre écluses en amont de Mareuil sur Ourcq. Nous arrivons à l’écluse de la Queue d’Ham à midi, nous éclusons en même temps qu’une barge qui recueille les boues de curage du canal, travaux réalisés par trois jeunes très sympathiques d’une société pour le compte de la mairie de Paris.

Nous passons ensuite l’écluse de Marolles vers treize heures, et y déjeunons.

Nous arrivons à l’écluse de la Ferté-Milon à quinze heures, la passons et poursuivons vers Port aux Perches, but de notre voyage, la où se termine la partie navigables de l’Ourcq. Le bateau à passagers Clignon est à quai, nous sommes obligés de faire virer Lucille à la main avec des amarres, un sur chaque berge. La longueur du bateau le permet juste, au centimètre près !

Nous prenons quelques photos, pour prouver que « j’y étais moi Monsieur ! » et revenons à La Ferté-Milon, où nous allons passer la nuit, en aval du pont de La Ferté, près des ateliers des canaux parisiens. Nous visitons La Ferté-Milon, où, paraît-il, je suis venu tout petit, mon arrière grand mère y habitait. Mais en ce mardi 29 mai 2007, ce qui nous intéresse le plus, c’est de trouver un restaurant, car nous avons décidé que nous le méritions bien. Nous n’avons pas le choix, le seul restaurant ouvert est près de la gare. En plus le téléphone mobile Bouygues ne passe pas. Unique consolation, le restaurant a un bon Irancy !

Le retour vers Paris

Quand nous nous réveillons, encore une barge en travers du canal ! En fait, après étude plus attentive, il s’agit d’une barge transformée en pont articulé pour permettre de traverser le canal et atteindre les ateliers des canaux parisiens en rive droite depuis la rive gauche. Le pont se range le long de la rive droite, et nous pouvons passer.

Nous déroulons sans problème les écluses de Marolles, la Queue d’Ham et Mareuil. Les quatre écluses de Mareuil à La Ferté-Milon sont à bajoyers inclinés, mais celles de Marolles et La Ferté-Milon comportent un ponton flottant qui monte et qui descend avec le niveau de l’eau, l’éclusage est donc facile. Pour Mareuil et la Queue d’Ham, nous devons écluser « à l’ancienne », en éloignant le bateau avec la gaffe.

Nous nous arrêtons pour déjeuner à Crouy-sur-Ourcq, puis partons visiter le château du Crouy et le donjon du Houssoy.

Nous atteignons Varreddes vers dix-huit heures pour y passer la nuit, et avons la possibilité de faire nos ablutions dans un bâtiment qui jouxte la maison éclusière, grâce à l’obligeance de la personne qui y habite. Le lendemain matin, une personne âgée arrive, va dans le bâtiment des toilettes pendant que nous déjeunons en prenant notre temps. Avant de partir, nous constatons que la lumière est toujours allumée, et nous nous demandons si la personne n’a pas eu un malaise. Rémi va voir, et il trouve la personne sur une chaise en train de lire un livre. Sans doute un Gaston Leroux, « le fantôme des toilettes » ?

Ce jeudi 31 mai, nous rejoignons Meaux, après avoir fait de l’essence à une station-service qui se trouve en bas du canal au PK 49.

L’écluse de Villenoy, atteinte en début d’après-midi, est en panne. Un atelier des canaux parisiens se trouve à proximité, nous signalons le problème, une personne part à vélo pour quérir un électricien, sans doute une panne d’origine électrique. Après investigations avec d’autres personnes des canaux parisiens, il s’avère que la porte amont de l’écluse est bloquée par un tronc d’arbre. Tout rentre dans l’ordre après avoir retiré ce corps étranger. Nous sommes à Claye-Souilly en fin d’après-midi, et nous y passons la nuit. Le vendredi suivant, nous partons le matin et arrivons sans problème à l’Arsenal avant seize heures.

Ainsi notre voyage s’est passé sans problème grâce au support rapide et efficace du service des canaux parisiens. Des caddies sous les ponts : que nenni. Nous en avons bien aperçu un en train de rouiller dans un coin. Des problèmes avec les riverains : aucuns, en dehors des enfants d’une école au bord du canal qui étaient en récréation et pour qui le passage de Lucille a constitué l’attraction de la journée et de la réflexion d’un joggeur qui se demandait s’il était à Meaux ou à Saint-Tropez. Les êtres vivants rencontrés sont bien plutôt les canards colverts (qui ont un peu de mal à comprendre que pour éviter le bateau, il est préférable d’aller sur le côté plutôt que de tenter de faire la course en restant devant lui), les ragondins, qui mangent des poules d’eau (vous savez, les « lièvres des marais »), quelques hérons, et même un Sterne !

Nous avons quand même eu de la chance de pouvoir effectuer ce voyage, car en mi juillet, le canal de l’Ourcq a eu une fuite très grave au niveau de Meaux (tout près de la où nous avions pris de l’essence lors de notre retour), et reste fermé à la navigation en amont de Claye-Souilly. Le fond est en réfection.


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