vendredi 28 mars 2008
Avec le transfert des voies navigables, dont le trafic est principalement la navigation de plaisance, vers les Collectivités Territoriales, l’ANPEI peut aider ces dernières à définir les solutions que les plaisanciers attendent.
Le franchissement des écluses est une donnée incontournable de la navigation fluviale. Et les gens d’à terre ou les plaisanciers de la mer s’étonnent toujours, avant d’y avoir goûté, que nous puissions prendre du plaisir aux opérations d’éclusage.
Les plaisanciers aiment franchir les écluses à condition que des entraves multiples ne viennent pas transformer ces opérations en cauchemar.
Une journée de navigation avec cinq, dix ou trente écluses et plus est une journée de plaisir si les conditions suivantes sont réunies :
une météo clémente (hors sujet, c’est le seul élément non encore maîtrisable),
des portes d’écluses ouvertes qui attendent le bateau ou un amarrage d’attente digne de ce nom doublé d’une information claire sur le temps qu’il faudra patienter,
des bollards, organaux, barres d’amarrage accessibles depuis le pont du bateau, dans le cas contraire un éclusier qui prend les amarres,
des bollards correctement espacés, suivant le nombre de bateaux accueillis dans une même éclusée, sans que ceux-ci ne risquent de se heurter pendant l’éclusage,
une commande d’éclusage accessible et efficiente pour les écluses automatisées,
une ouverture des vantelle appropriée, qui va permettre au flux de coller le bateau sur le bajoyer où est situé l’amarrage,
un réglage du flux qui n’oblige pas l’équipage à posséder des biceps de lutteur pour retenir le bateau et empêcher celui-ci d’heurter violemment le bajoyer,
une temporisation sécurisée pour la fermeture des portes après la sortie du sas du dernier bateau,
un enchaînement de toutes ces opérations qui exclut toute précipitation mais qui se succèdent sans attentes inutiles
La lecture de la liste ci-dessus fait rapidement comprendre qu’il suffit d’un élément, jamais le même, d’écluse en écluse, pour qu’un parcours soit ressenti avec humeur.
L’hétérogénéité du réseau est une réalité pour le franchissement des ouvrages. D’une écluse à l’autre il est impossible de prévoir dans quelles conditions la préparation au sassement et le sassement lui-même vont se dérouler. Cette hétérogénéité ne se constate pas d’un canal à l’autre mais sur un même canal d’une écluse à l’autre. Et cette hétérogénéité n’est pas uniquement matérielle :
comment prévenir l’écluse de son passage ?
existe-il un amarrage d’attente digne de ce nom ?
faut-il débarquer un équipier ?
l’écluse est-elle munie d’une échelle accessible ?
où sont les bollards ?
est-ce que les bollards sont accessibles depuis le pont du bateau ?
est-ce que la disposition des bollards permet d’amarrer correctement ?
est-ce que le nombre et l’écartement entre les bollards empêcheront les bateaux de se heurter entre eux ?
est-ce que l’éclusier va prendre l’amarre ?
est-ce que l’ouverture de la première vantelle se fera du bon côté ?
le flux va-t-il être violent ?
sommes-nous en pleine saison où en période d’accompagnement ?
l’éclusier interrogé est-il en mesure de nous dire ce qui se passe pour les écluses suivantes ?
…..
Cette liste n’est pas exhaustive.
Un plaisancier qui navigue beaucoup et sur l’ensemble du réseau navigable est confronté en permanence à cette situation d’incertitude qui fait naître une insatisfaction et parfois des coups de colère vers le premier agent qui nous tombe sous la main, qui d’ailleurs subit, lui aussi, cette situation.
Il n’y a pas, dans notre pays, un seul tronçon de voie navigable qui offre une réelle homogénéité. Lorsque certains d’entre nous se satisfont de tel ou tel secteur c’est qu’ils sont des habitués de ce parcours mais tous ceux qui passent de façon occasionnelle et qui naviguent beaucoup constatent cette réalité qui peut faire penser à de l’improvisation.
Le plaisir du franchissement des ouvrages et de l’utilisation d’une voie d’eau donnée peut être complètement gâché lorsque la continuité et l’harmonie sont brisées par un mélange hétéroclite de matériels, de méthodes, d’accueils, d’organisations, de pratiques différentes d’une écluse à l’autre.
L’application du "Guide de mises en sécurité des écluses automatisées" à l’ensemble des écluses du réseau constituerait un élément de réponse. Il faut le mettre en œuvre, mais au rythme des budgets actuels il faudra plusieurs générations pour en voir l’accomplissement.
Aujourd’hui une solution est possible. Les Collectivités Territoriales s’impliquent de plus en plus dans la voie navigable en tant que vecteur de tous les tourismes. Nos interlocuteurs sont en situation de comprendre combien un déroulement continu et harmonieux du franchissement des écluses serait un atout du développement de la fréquentation de leurs canaux et rivières.
Quelle solution ? Il faut reprendre une idée contenue dans le "Guide de mises en sécurité des écluses automatisées" qui consiste à définir une charte d’itinéraire : "… Au long de son parcours, il est important que l’usager soit en permanence dans un environnement homogène, qui lui permettra de reconnaître et localiser les équipements dont il a besoin."
La mise au norme des équipements ne pouvant se réaliser du jour au lendemain il faut mettre en place un dispositif d’accueil du plaisancier fondé sur les principes suivants :
la prise en compte de l’itinéraire considéré doit concerné l’ensemble de la voie ou sinon une portion suffisamment longue,
l’absence d’homogénéité matérielle (mise aux normes des écluses) doit être compensée par la mise en place d’une homogénéité de l’accueil,
l’information en début d’itinéraire doit être systématique et faire l’objet d’un canevas précis et détaillé. Un support écrit est souhaitable lorsque le franchissement des ouvrages présente des différences trop importantes,
les personnels aux écluses ou d’accompagnement doivent recevoir une véritable formation pour que les insuffisances matérielles soient compensées par des interventions judicieuses.
Des tronçons identifiés, si possible une voie navigable complète, avec une information et des conditions de franchissement homogènes.
Nous ne sommes plus dans le rêve évoqué au début de cet article mais la mise en place de solutions est possible. Des initiatives existent déjà, poste central d’information et de régulation, informations écrites remises au début d’une voie d’eau, bollards judicieusement implantés … Mais elles sont encore marginales et ne recouvrent pas encore tous les aspects des difficultés rencontrés sur un parcours.
Le véritable progrès consiste, pour chaque voie ou chaque tronçon suffisamment important à poser tous les problèmes sur la table pour faire émerger un dispositif cohérent et clair pour des parcours harmonieux où les besoins réels de la navigation de plaisance soient pris en compte.
Le développement de la plaisance passe par cet exercice et l’Association Nationale des Plaisanciers en Eaux Intérieures est disponible en permanence pour les aménageurs qui voudront s’y pencher.