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Les canaux menacés, l’avis de Kader Benferhat.

vendredi 2 novembre 2007


(les intertitres sont de la rédaction de www.anpei.org)

Les élus ont joué le jeu de la décentralisation …

Le Comité des canaux bretons, s’était déjà indigné auprès de la « Commission géographique, Vilaine et Côtiers bretons » au sujet de ce changement de statuts des cours d’eau par une classification inique en MEFM (masse d’eau fortement modifiée) et MEN (masse d’eau naturelle) qui aboutit comme le souligne le Président Le Drian à des aberrations qui conduiraient, à travers effacements d’écluses et reprofilage de canal, à, ni plus ni moins, la destruction systématique du canal de Nantes à Brest depuis Port-Launay jusque Pontivy. Mesure anachronique et à contre-courant de l’Histoire et du mouvement mondial de reconquête et de réhabilitation des canaux. C’est une curieuse manière de récompenser notre région Bretagne et nos élus qui ont voulu jouer le jeu de la décentralisation. D’abord avec M De Rohan qui avait initié, dès 1983 et 1989, le transfert de compétence Etat-Région et la mise en place de conférences régionales des voies d’eau et M Le Drian avec cette volonté de s’approprier le DPF (domaine public fluvial) pour l’inscrire dans le schéma régional du tourisme et le tourisme fluvial. La Bretagne a été pionnière dans ce domaine.

L’évolution économique.

De plus construire cette mesure inique sur le fait unique qu’il n’y a plus de « navigation commerciale » résulte d’une méconnaissance des mutations économiques de notre région aggravée par le fait qu’aucune étude sérieuse n’a été faite sur le sujet. Si la navigation commerciale représentait par le passé un élément de l’économie « productive » (la logisitique de transport), aujourd’hui nos voies navigables sont entrées dans la dynamique de l’économie « redistributive », tourisme, aménagement du territoire, services, une dynamique qui représente 50% du PIB Breton. Il est complètement faux de dire qu’aujourd’hui nos canaux ne participant pas à l’économie régionale.

Jachère hydraulique.

Pour justifier ces mesures que nous considérons comme destructrices, d’un patrimoine inestimable, on voudrait définir notre potentiel hydraulique en MEFM (masse d’eau fortement modifiée) comme on a défini pour la terre agricole les SAU. Si on peut se permettre de mettre les terres agricoles en jachères pour se rendre compte avec un peu de retard qu’il faut corriger cette démarche en les remettant en culture (manque de blé, de fourrages), il faut se rendre compte à l’évidence, qu’une « jachère hydraulique » à laquelle on destine cet inestimable patrimoine, est irréversible en plus d’être ruineuse et coûteuse aux collectivités et à la population. C’est une stérilisation de toute la Bretagne intérieure avec toutes les hypothèques sur les ressources et l’approvisionnement en eau de notre région. Dénoyage assuré des prises d’eau (des millions de mètres-cubes), inondations catastrophiques et non maîtrisées et surtout assèchement des cours d’au en cas de canicule ! Dans notre Bretagne, les mode de vie des humains, les densités de population et leur mobilité, les modes de conduite des cultures et des animaux, entraînent et entraîneront des besoins en eau très variables de nos ressources. Ces besoins seront non seulement variables en volume mais aussi au cours des saisons surtout que ces dernières n’obéissent plus à aucune règle météorologique. La gestion intégrée de la politique de l’eau, propriété et patrimoine communs, est le premier front du développement durable de notre Bretagne ; on en a tous conscience.

Parvenir au bon état écologique.

Envisager de réduire en MEN le canal de Nantes à Brest sur près de 200km entre Guilly Glass et Pontivy ne respecte même pas la recommandation du SDAGE qui précise pour la restauration physique et fonctionnelle des cours d’eau : « il ne s’agit pas de revenir à un état quasi naturel incompatible avec les activités humaines ; l’objectif n’est pas d’atteindre le très bon état écologique mais de parvenir au bon état écologique. En matière de continuité écologique des cours d’eau, même si la solution d’effacement total des ouvrages transversaux est plus efficace et plus durable, d’autres méthodes peuvent être envisagées, notamment aménagements de dispositifs adaptés… ». Comment répondre à l’Europe qui à travers son programme « Natura 2000 » nous demande de conserver l’écosystème « canal » et de le préserver ? On en est loin quand on nous présente une entreprise aussi destructrice sur un plan environnemental, paysager, patrimonial culturel sans parler du désastre économique qui coûtera au bas mot 20 à 30 millions d’euros. Où est cette Bretagne innovante, constructrice qui relève tous les défis ?

La Bretagne intérieure, avec ses principales rivières canalisées, devenues outil hydraulique de jonction entre les bassins de Loire, Vilaine, Aulne et Blavet, représente des sources à l’estuaire, une réserve que je définirai comme le formidable « château d’eau horizontal » à l’échelle de la Région, à l’opposé de l’image de « verticalité » des autres châteaux d’eau que l’on connaît.

Sauvegarde de la ressource et reconquête de la qualité des eaux.

Les eaux de l’Aulne et du Blavet sont de bonne qualité et méritent amélioration. Faut-il à cette fin détruire leur contenant « canal » en « jetant le bébé avec l’eau du bain » ! Ne confondons pas la « reconquête des qualités de l’eau » qui résulte d’une étude systémique, c’est-à-dire, d’une responsabilité collective de tous les acteurs, de la ménagère à l’industriel, avec la gestion concertée de nos ressources de notre potentiel hydraulique dans sa diversité.

L’eau du domaine public fluvial (DPF) doit être gérée selon l’axiome MULTIUSAGES et MULTIFONCTONS

Pour le Comité des canaux Bretons, s’inscrivant dans l’adhésion à la politique de gestion des eaux, la priorité reste à la sauvegarde de la ressource et de la reconquête de la qualité des eaux bretonnes, conditions sine qua non de la valeur ajoutée des activités sportives et ludiques : plaisance fluviale, pêche, canoë, randonnées…objets d’un vaste programme des schémas régional et départementaux du tourisme.

Reconquête des canaux et voies navigables.

Notre canal de Nantes à Brest doit être sauvegardé en tant qu’outil hydraulique reliant tous les bassins versants (Loire, Vilaine, Blavet, Aulne), réserve d’eau pour la Bretagne, patrimoine historique, architectural, touristique et corridor paysager et biologique que deux siècles de patine en ont fait un monument naturel du paysage inscrit dans la mémoire collective et dont le potentiel touristique est inestimable.

Le comité des canaux demande à ce que le canal de Nantes à Brest dans son intégralité soit maintenu en MEFM.

Pour conclure, je m’inscrirai plus dans l’action des collectivités et citoyens du sud-ouest de la France, qui ont fait du canal du Midi un patrimoine inscrit au patrimoine de l’UNESCO, que dans ces projets qui avec un anachronisme certain et une lourde hypothèque sur l’avenir, va à contre courant de l’Histoire et du mouvement mondial de reconquête des canaux et voies navigables.

Kader BENFERHAT, Président du Comité des cannaux bretons

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