dimanche 1er mai 2005
Souvenirs de : Michel Quentin, Danièle et Denis Duplex-Garraux, Jean-Claude et Marie-Paule Brault, Thérèse Quentin, Francis et Monique Delaporte, Jean-Claude Geysen.
" Le Musard’Eau , vous connaissez ?
Bien sûr ! me direz-vous : c’est le nom du bulletin de liaison de l’ANPEI.
Oui c’est vrai, d’ailleurs vous trouverez dans la présente publication les fac-similés des N° 0 et 00… mais c’est un morceau d’histoire de l’ANPEI. Mais alors, c’est quoi cette histoire ? C’est l’histoire d’un bateau en bois construit au début des années 90 par Georges Girolet, dit Tonton Georges, également rédacteur (en chef) des premiers bulletins de l’association. D’accord mais quel rapport avec le Bulletin ? Quand il a fallu donner un nom à son bateau, Tonton Georges a demandé au président Yves Borbeau s’il pouvait utiliser le nom du bulletin pour son bateau, requête que Yves s’est empressé de lui accorder. Ah bon ! Et en 1992, le Musard’Eau est donc arrivé sur l’Erdre, par la route avec son propriétaire, à l’occasion de la rencontre fluviale " Grand Ouest " sur le canal de Nantes à Brest. Il a participé à la croisière et à la fin, il est resté à Port Mirèse avec pour consigne de Tonton Georges : " Il est à vendre, qui le veut ? j’en construis un autre ". Et comment il est ce bateau ? Il mesure environ 4 m et pèse environ 250 kg prêt à appareiller. Il dispose d’une couchette, d’un tout petit coin cuisine et se pilote de l’extérieur avec une barre à roue maison. Sur l’eau… non rien. Quoi, rien ? Eh ben sur l’eau… c’est plutôt un sabot ! ! ! Ah bon ! Et quelqu’un l’a acheté ? Eh oui ! c’est moi, alors secrétaire de l’Association à cette époque, qui ai demandé au président Francis Delaporte de l’acheter. Pensez donc, avec un nom pareil il ne pouvait pas quitter le giron de l’ANPEI. Et alors qu’en avez-vous fait ? On a d’abord commencé, avec Jean-Claude Brault (entre autre, restaurateur de son bateau), par le sortir de l’eau car il commençait à boire la tasse. Et en grattant la coque pour la repeindre, mon riflard est passé au travers du fond en contreplaqué de 5 mm ! Plutôt léger comme construction ! mais était-ce réparable ? Après consultation des finances de l’association on a décidé de continuer. Comme j’avais une expérience du polyester et du tissu de verre j’ai plastifié toute la coque en contact avec l’eau. Ensuite, peinture, aménagement pour une couchette double, etc… Bref, le Musard’Eau est prêt pour la remise à l’eau. Oui, mais pas sur nos réseaux de Bretagne, nous avons nos bateaux pour cela. Où alors ? Sur deux ou trois rivières navigables proches de la région nantaise : l’Aulne, la Charente et la Sèvre Niortaise. Il fallait donc le transporter ? Oui, mais comme Tonton Georges a gardé sa remorque, il a fallu en construire une. C’est ce que nous avons fait à partir d’une autre, plus grande mais sans roues et très rouillée. Grâce à Jacques Martin, garagiste et anpeiste au Pallet, qui a fourni une partie de son temps, deux essieux de 4L, du tronçonnage, de la soudure, du dérouillage et de la peinture, le Musard’Eau était paré pour aller voguer ailleurs. Et finalement où êtes-vous allés ? En 1993 nous l’avons convoyé sur l’Aulne à Châteauneuf-du-Faou où trois équipages ont découvert la rivière : Jean-Claude et Marie-Paule Brault puis Michel et Thérèse Quentin suivis de Francis et Monique Delaporte et enfin un navigateur solitaire, Jean-Claude Geysen, dont voici un aperçu de son aventure extrait du journal de bord .
Dimanche 4 juillet 1993
Dîner et coucher aux Petites Rochettes à Sucé-sur-Erdre chez Michel et Thérèse Quentin. Visite chez les Delaporte. : discussion sur chacune de leurs croisières, et leurs divers problèmes – problèmes qui me laissent perplexe ! ! !
Mardi 6 juillet 1993
Arrivée à Châteauneuf-du-Faou. Installation à bord – seul – fait l’inventaire. Lecture du livre de bord, qui me laisse de plus en plus perplexe ? ? ? L’appréhension et sa sœur, La Trouille, commencent à m’accompagner ! ! ! A 14h00 je décide donc de partir, à pied, jusqu’à l’écluse de Broudac’h (217) avec arrêt à la 216, en éclaireur. Vu un canoë, avalant, avec trois personnes à bord, descendre l’écluse par l’échelle à saumons. Retour vers 15h30 – léger casse-croûte (estomac noué). 15h45, je tire la ficelle – le moteur démarre bien. Je décide donc de partir vers le port de Carhaix à l’envers de mes prédécesseurs. Je fais quelques ronds dans l’eau pour tester les commandes et la barre. Tout réagit bien. Me voilà enfin parti. Je passe le pont du Roi devant l’écluse de Bizernig (218). Je trouve un joli ponton, mais il est occupé par un canoë placé à plat en travers, j’accoste donc sur le bord. J’attends l’éclusée de canoës à passer. J’entre Musard’Eau à la bricole, par l’amarre avant que je serre sur le bollard. Je fais le tour de l’écluse, ferme la porte aval et la vantelle gauche, reviens fermer la droite et sa vantelle. Pendant ce temps Musard’Eau fait demi-tour dans le sas de l’écluse, car il passe juste dans la largeur. J’ouvre les vantelles amont, après maintes manœuvres avec l’amarre et aidé du courant dans l’écluse je remets dans la bonne direction le bateau contrariant mes projets. A la prochaine écluse je prendrai la gaffe avec moi, en haut.
Ecluse de Broudac’h (218) : les portes aval sont ouvertes (canoës). Je décide de monter à l’échelle sur la porte aval. J’amarre provisoirement sur le montant de l’échelle et je monte avec la gaffe et la manivelle. Je redescends prendre les deux amarres, remonte, l’amarre arrière se défait de son taquet et je suis en train de remonter la chaîne d’ancre. Je redescends mais le bateau s’écarte de l’échelle. Je remonte chercher la gaffe, redescends toujours par l’échelle et remets tout en place (à revoir un deuxième taquet pour l’ancre). Je remonte avec la gaffe et serre les deux amarres autour du bollard, et le cycle de fermeture des portes et vantelles recommence. Discussion avec des promeneurs pendant que le sas se remplit. Impossible d’ouvrir la porte à crémaillère amont, même à deux. Je décide d’ouvrir la deuxième vantelle à fond pour compenser la fuite aval et oh ! ! miracle ! ! ! la porte s’ouvre aisément. Je fais le tour de l’écluse pour ouvrir l’autre porte à perche. Je sors Musard’Eau et le bloque sur l’anneau du musoir, referme la porte et sa vantelle, refais le tour pour fermer l’autre porte à crémaillère et sa vantelle et reviens à l’autre porte pour ouvrir à moitié sa vantelle pour vider l’écluse.
Je repars vers la prochaine écluse Moustoir (216). Ici tout est simplifié : pas d’échelle à saumons, l’épi de maçonnerie protégeant le barrage est très bas . J’accoste au long de l’épi et amarre le bateau à un anneau. Je n’ouvre que la porte à crémaillère, mais le barrage aspire le bateau pendant la fermeture de la porte – ici pas besoin d’ouvrir une vantelle pour vider l’écluse, les fuites aval s’en chargent – après trois écluses ma technique à évolué. J’arrête à 19h45 devant l’écluse de Gwaker (215). J’ai mis 4 heures pour faire 8 km et passer 3 écluses soit 1h20 de trajet et 50 mn en moyenne par écluse. Vu un martin-pêcheur. Repas léger (plus décontracté) occultation et bâche sur le dessus et dodo à 9h30. Belle journée ensoleillée.
Vendredi 9 juillet (extrait)
…Les écluses sont maintenant descendantes, j’élabore une nouvelle technique : mettre le nez du Musard’Eau dans l’herbe et l’arrière amarré à l’anneau du musoir, jouer des vantelles, ouvrir la porte à perche, faire faire demi-tour au bateau et l’entrer dans le sas à la bricole, rejouer des portes et vantelles, récupérer le bateau à l’échelle de la porte à perche aval, descendre pour l’amarrer et remonter chercher la gaffe et la manivelle. Il faut compter environ 700 tours de manivelle pour les vantelles…
A l’écluse de Méros (212) je dois m’y reprendre à trois fois pour atteindre le musoir et son anneau sauveur ! le vent soulève des nuages de pluie sur le barrage – pour entrer Musard’Eau dans l’écluse, je dois tirer sur l’amarre avant de toutes mes forces, il entre en crabe et je le serre sur le bollard de pierre, sous le regard étonné de deux pêcheurs, je descends de l’échelle avec mes deux amarres – un coup de vent fait reculer le bateau et une amarre m’écrase la main sur le montant de l’échelle, je me cramponne… j’arrive à serrer l’amarre avant et tiens l’arrière avec les dents – prêt à partir, Musard’Eau toujours contrariant mes idées, part au fond de l’écluse et fait demi-tour, moteur en marche – Vite ! ! ! et je ressors en marche arrière jusqu’au bout de la digue sous le regard épaté des deux pêcheurs…
MUSARD’EAU
SI SABOT
BIEN MAL, NOUS TE SURNOMMONS,
AVEC TOI, NOUS VOGUERONS,
ENCOR PAR VAUX ET PAR MONTS.
POUR REVENIR À TON BORD,
J’EN FERAI JOIES ET EFFORTS.
KENAVO
Jean-Claude Geysen
La saison était terminée ? Non, l’équipage Delaporte est revenu encore une semaine pour vérifier sans doute les escapades du Musard’Eau mais voyez un passage de leur second séjour : Mercredi 18 août 1993
Temps chaud, chaud, chaud.
Arrivée à Châteauneuf à 9h45. Embarquement des bagages et des vivres et mise en ordre de la cambuse. 10 h 45 départ de Argot Plaisance (base du bateau pour l’été). 11h Bizernic (218). 11h30 Boudrac’h. A l’arrivée le moteur cale. Arrêt à la gaffe à la porte d’écluse. J’attrape l’échelle à la gaffe, mais en tournant le bateau, je laisse la gaffe pendue à l’échelle. Récupération à la rame. Du coup Marin (Francis) monte le premier. Pendant l’éclusage, Musard’Eau musarde plus qu’à son habitude, profitant que son amarre arrière s’est barrée pour aller au fond de l’écluse. Récupération de celle-ci à l’écluse pleine ; à la sortie, le capitaine profite du petit muret de protection du barrage pour procéder au réglage du ralenti moteur. 12h15 : arrêt déjeuner après l’ardoisière (vu le martin-pêcheur). Moustoir (216) jolie maison à glycine. 16h45 arrêt en dessous de Gwaker, montée au village – la pente est raide et il fait CHAUD, très CHAUD ! achat de boissons fraîches. 18h00 retour, douche du camping appréciée. 18h45 Gwaker (215) mêmes difficultés que notre albanais (Jean-Claude Geysen) pour ouvrir les portes – les fuites côté déversoir sont impressionnantes !
Jeudi 19 août 1993
La nuit a été fraîche. Au réveil, le paysage est enveloppé de brume. 8h30 nous quittons notre musoir en silence pour entrer à la bricole à Lanmeur (214). Tandis que la brume file sur le déversoir, les toiles d’araignée, perlées de rosée, ornent de dentelles les portes d’écluses. Eclusée impeccable.
Dimanche 22 août 1993
Nous allons être obligés de te quitter un peu plus tôt que prévu, et crois bien que nous le regrettons un petit peu ; mais notre devoir de parents nous appelle, notre troupe de pionniers (Sophie, Marlène et Jean-Marc) nous annonçant son retour de camp un jour plus tôt.
Si tes flâneries sur l’Aulne et l’Hyères se terminent ici aujourd’hui, tu auras fait profiter plusieurs équipages qui en garderont certainement un excellent souvenir. Nous irons te rechercher sans tarder pour que tu passes l’hiver auprès de tes amis, la Tortue et tous les autres. Une petite caresse de balai, au revoir et à bientôt.
Francis et Monique Delaporte
Dimanche 3 octobre 1993
Le Musard’Eau étant resté tout seul à Châteauneuf, sous la protection du Saint Christophe (la péniche restaurant), il a fallu attendre ce jour pour aller le rechercher en compagnie de Jacques et d’Hélène Martin (la participation de Jacques n’a pas été négligeable, car sans lui, pas de remorque pour faire prendre la route au Musard’Eau). Arrivée à Châteauneuf à 11h30, récupération des clefs, inspection du bateau, un peu d’eau dans un coffre, sans plus. Le moteur, un peu récalcitrant, se décidant à partir, Jacques et Hélène font leur baptême du Musard’Eau ; habitués à leur Pen’du avec un espace restreint, ils se trouvent très bien dans celui-ci. La remorque, les roues dans l’eau attend son colis. Michel et Jacques, en petite tenue, guident l’embarcation et notre Musard’Eau sort de l’eau bien arrimé sur son support. Retour à Port Mirèse à 19h30. Musard’Eau restera sur sa remorque tout l’hiver et tout le monde pourra le voir. Quelle sera sa prochaine destination estivale ?
Thérèse Quentin
Et alors, qu’avez vous fait en 1994 ? Après révision et quelques réparations (pare-brise cassé, nez du bateau enfoncé, raccords de peinture) transport par la route et mise à l’eau à Maillé sur la Sèvre Niortaise : quatre équipages (Monique et Francis Delaporte, Jean-Pierre et Françoise Grignac, Jean-Claude et Marie-Paule Brault, Denis et Danièle Duplex-Garrault) se sont succédés dans la Venise Verte, et c’est pas peu dire, mais lisez plutôt :
Lundi 25 juillet 1994
Départ à 10h00. Il faut aller chercher l’éclusier de l’autre côté du pont dans la baraque en bois, puis un boîtier pour les écluses automatiques. Incident pendant le sassement : Marie-Paule, seule à bord, laisse filer le bout et entre en collision avec la porte d’écluse. Grands appels au secours ! Arrêt à Coulon à 1h55. déjeuner et balade dans le bled. Appelé la Rousille pour passer les Marais du pré… Sassé de 15h à 15h15. arrêt à Magné. Un pêcheur hargneux, hier aussi, en général ils sont indifférents mais pas l’air aimable. La rivière est barrée souvent à moitié par des tuyaux de plastique. Ce n’est pas tellement pour protéger mais pour avoir une surface d’eau sans lentilles.
Mardi 26 juillet
…piqué une tête, ça fait du bien. Toujours le même temps chaud et orageux, un peu d’air quand même. Glace pour glacière au camping : 4F la bouteille, 12F la piscine. Les écluses automatiques ont bien marché à condition d’être près de la porte pour que le dispositif s’enclenche. A partir de Magné jusqu’à Niort navigation dans les herbes surtout à partir de Saint-Liguaine. Il faut les dégager en battant de temps en temps en arrière… Assisté à l’engueulade entre un pêcheur et un canoéiste qui est rentré dans ses lignes. Bien rigolé. Un trompettiste s’entraîne tout près de nous. Avons rencontré quelques hérons, peu farouches, quelques cygnes, endormis, et des petits cygnes, une oie, des chevaliers guinguette, un martin-pêcheur, des mouettes à tête noire – ici elles se perchent sur les fils électriques gainés – nombreux canards et poules d’eau. Autre bête : un ragondin – il existe du pâté de ragondin (mais oui) -. Nombreux pêcheurs, comme je l’ai dit, pas aimables, pas souriants à part deux pas hargneux. Nombreux touristes et sur une barque à Touristes (Arcay) une très volumineuse mais apétissante poitrine nue (pas tant que cela puisque son appétit n’avait qu’un p !) " j’étais en manœuvre et n’ai pas eu le temps d’apprécier comme je l’aurais voulu ". A Magné, concert de grenouilles dans la nuit et de corbeaux le matin…
Jean-Claude et Marie-Paule Brault
Lundi 8 août 1994
10h départ de Port Mirèse. Provisions de vivres pour une semaine au Carrefour de Nantes. Temps ensoleillé et chaud. 14h00 : découverte du Musard’Eau ; une fois les présentations faites, vient le rangement de nos affaires et des vivres dans un espace aussi petit qu’on nous l’avait prédit ! 16h déjeuner sur l’herbe à Maillé ; les tomates de Port Mirèse sont Bonnes ! 18h le voisin tombe à l’eau avec son vélo – tout va bien. Départ sur la Sèvre Niortaise direction l’île de la Chatte en évitant les pêcheurs. Arrêt baignade, l’eau est bonne. Retour à Maillé après avoir calé à cause de ce (ici un tas d’obscénités intraduisibles !) de ralenti. 20h : bricolage, nettoyage du carburateur pendant que Danièle prépare un petit dîner. 22h après le remontage, dîner sur l’herbe, je fais tomber un pull dans l’eau, et Danièle, par mimétisme, jette son couvercle de casserole à son tour dans l’eau. Après dîner, Denis commence le journal de bord, installé sur ces " bancs-tables " gracieusement mis à la disposition des promeneurs et plaisanciers par la municipalité. Après avoir vaqué quelques instants à notre vaisselle de poupée et notre évier de poupée, je vais tout naturellement m’asseoir à côté de Denis sur le banc… contre toute attente, ces bancs-tables présentent un fort caractère d’instabilité… et le ciel nous est tombé sur la tête ou plus prosaïquement la table, le deuxième banc d’en face et tout ce qui était dessus. Sans nous laisser démonter nous sommes allés nous installer aussi dignement que possible à la deuxième table où nous avons achevé notre récit. Demain est un autre jour !*
*(autant en emporte le vent Acte V Scène finale).
Mardi 9 août 1994
Temps lourd, orageux, averses. 11h45 direction Marans (on veut voir la mer), chemin faisant, étude des cartes et documentations diverses – changement de programme – nous n’irons pas voir la mer, nous retournerons dès ce soir vers la Venise verte ! Accostage au bord d’un pré, déjeuner sur l’herbe avec les moutons (très friands des cordages). Averse montante. Mise en place de l’abri anti-pluie. Nous repartons sous la pluie battante, confiants sous notre abri, heureux d’être au sec. Mais le vent souffle où il veut, et là il était de face. Afin de pouvoir naviguer, nous avions installé l’abri anti-pluie avec le toit relevé (ce qui permet de voir où on va) : erreur funeste car si cette version donne plus de hauteur et permet la visibilité, en revanche par pluie plus vent de face, c’est la douche frontale assurée. En cinq minutes nous étions trempés jusqu’aux os. Re-accostage pour nous mettre à l’abri à l’intérieur du Musard’Eau. Merci au constructeur et au restaurateur – ce bateau est étanche tant de la coque que du toit… pour fêter cette journée, nous ouvrons la bouteille de rosé laissée à notre attention (c’était de règle à bord) par l’équipage précédent (merci à Jean-Claude et Marie–Paule Brault).
Mercredi 10 août 1994
Réveil sous la pluie battante qui a débuté au petit jour. Des trombes d’eau déferlent sur le Musard’Eau qui tient le coup. Belle éclaircie pour le petit déjeuner dehors, petite toilette au soleil, on enlève le dispositif anti-déluge puis on profite de cette éclaircie pour retourner à Maillé où nous avons l’intention de naviguer sur la jeune Autisse qui s’est avérée être fermée depuis le début juillet. Bon, alors la Venise Verte.
D’après le monsieur de l’accueil du port, le petit bras " la rigole du Bourreau " serait peut-être encore navigable, bien que lui personnellement ne s’y risque plus avec ses barques à cause des algues et du niveau de l’eau plus bas depuis le 20 juillet. Mais notre envie de nous balader dans les lentilles d’eau a eu raison de notre habituelle prudence… Tout va bien, l’écluse est passée, le caractère charmant de ce petit bras d’eau est évident. Nous sommes ravis. Il est 19h. vous connaissez le terme " pédaler dans la choucroute " - il y a aussi " ramer dans les épinards ". Malgré notre enthousiasme, il a fallu se rendre à l’évidence, le moteur ne parvenait pas à tondre assez rapidement la quantité phénoménale d’algues qui s’agrippaient à son hélice. Nous avons donc arrêté et levé le moteur, sorti les rames (les embouts noirs pour enfiler les rames se trouvent dans l’écope) et ramé. En vingt minutes, nous avions bien fait 9m50 ! " Tais-toi et rame !" était notre devise . Bon, remise en route du moteur parce que d’accord on n’est pas pressé mais enfin tout de même ! Après avoir parcouru 1/3 du chemin, accostage pour la nuit (il est 20h). Installation du dispositif anti-condensation, inspiré de celui contre la pluie mais plus simple – mettre la bâche sur toute la longueur du bateau et la fixer avec les élastiques - la nuit tombe… nous attendons que la faune nocturne se manifeste, notamment les loutres, mais c’est la pluie qui termine cette journée bien rigolote.
Jeudi 11 août 1994
… dernière minute : le champ, le pré plutôt, choisi pour l’amarrage était désert, mais alors que nous étions tranquillement installés, Denis dans le cockpit et moi sur une natte sur l’herbe, j’ai soudain entendu un son de petit galop et vu une dizaine de vaches s’avancer droit sur moi. Dans la panique j’ai saisi tout ce qui était à la portée de ma main, au hasard, parmi les affaires éparses autour de moi, et je n’ai fait qu’un bond dans le cockpit, abandonnant la natte, une bouteille d’eau et un rouleau de papier. Les vaches ont entrepris de flairer avec insistance tout cet attirail ainsi que les piquets d’amarrage, les amarres etc., certaines flairaient, les autres nous regardaient droit dans les yeux… La natte et le reste ont été récupérés en catimini, profitant de ce que les vaches vaquaient à d’autres occupations à l’autre bout du champ.
Lundi 15 août
… nous avons passé une excellente semaine sur le Musard’Eau qui est très bien adapté au Marais Poitevin. Merci au constructeur de ce petit bateau et à tous ceux qui l’ont patiemment réparé. Nous espérons bien pouvoir refaire une croisière avec le Musard’Eau et pourquoi pas de nouveau sur la Sèvre Niortaise.
Danièle et Denis Duplex-Garraux
Et depuis 1994, quelle autre rivière le Musard’Eau a-t-il explorée ? Aucune, car le bateau a été revendu. Et il a gardé son nom ? Non, car nous avons estimé qu’il appartenait à l’ANPEI, et aujourd’hui, je ne connais pas son sort. " Michel Quentin