lundi 6 octobre 2008, par Michel David
En ce début juillet 2008, deux manifestations pouvaient mobiliser les anpeistes de l’Ile de France : se joindre à la croisière organisée par Arc Méditerranéen pour rejoindre Rouen et participer aux festivités de l’Armada, ou se balader en suivant la Marne de Paris à Château-Thierry. Nous parlons dans cet article de la ballade sur la Marne. Plusieurs des participants avaient décidé de poursuivre après la Marne par l’Aisne et l’Oise, et nous n’avons pas résisté à la tentation de citer quelques phrases de Robert Louis Stevenson empruntées à son récit de la descente de l’Oise en 1876 « Croisière à l’intérieur des terres » (1). Nous lui laissons, bien entendu, l’entière responsabilité de ce qu’il écrivit …
Nous avions décidé d’entamer la croisière en passant par la nouvelle halte de La Villette mise en service en tout début juillet.
Le samedi 5 juillet nous partons du port de l’Arsenal à trois bateaux, Lucille, Miss Perfect et Utopia en fin d’après-midi pour arriver sur le bassin de La Villette en fin de journée, les quatre écluses doubles étant passées avec Lucille et Utopia à couple. Des badges permettant l’ouverture des portes pour entrer sur les pontons nous sont remis par Charlette du Phoque qui est sur place, avec d’autres bateaux de l’Arsenal. La halte est toute neuve, nous en donnons nos premières impressions dans un article particulier.
Le lendemain dimanche, nous partons de la halte en milieu de matinée pour faire un tour sur le canal de l’Ourcq à grand gabarit. Sac plastique dans l’hélice et invective avec un pécheur sont au rendez-vous.
Les pécheurs : Ils étaient indifférents comme des fragments de nature morte. Ils ne bougeaient pas plus que s’ils avaient péché sur une vieille estampe hollandaise. Les feuilles frémissaient, l’eau clapotait, mais ils demeuraient immobiles, comme autant d’églises établies par la loi. On eût pu trépaner chacune de ces têtes innocentes sans trouver rien d’autre sous leur crâne que des mètres de lignes enroulées. (1)
Devant la Géode, nous remarquons qu’une passerelle mobile a été installée, elle est manoeuvrée par un moteur hors-bord, et permet ainsi de mettre en place très rapidement un pont entre les deux rives du parc de La Villette.
Nous continuons jusqu’à la limite du canal de l’Ourcq à grand gabarit, puis revenons pour déjeuner à Pavillons-sous-Bois.
L’après-midi, nous décidons d’aller avec Lucille faire un petit tour sur le canal de l’Ourcq que nous avions déjà emprunté en mai-juin 2007. Nous savons que le canal est coupé à cause d’un affaissement de terrain à Meaux, mais nous pensons pouvoir aller largement en amont de l’écluse de Sevran. Celle-ci est bien ouverte, mais après y être entré il nous est impossible de la déclencher (avec la clé conservée depuis l’année dernière). Nous devons sortir en marche arrière, avec un vent arrière très fort, puis tourner tout de suite en aval de l’écluse, ce que nous réussissons à faire avec beaucoup de difficultés, mais sans casse.
Nous revenons le soir vers La Villette. Un peu avant la Géode, Rose, une péniche chargée en poussant une autre est bloquée en travers de l’aire de virage sur le canal à grand gabarit : son hélice est bloquée sur le toit d’une voiture immergée dans le canal ! Nous arrivons à passer entre la poupe de Rose et le quai, et nous continuons pour assister à un petit épisode de la vie le long du canal : le chapeau d’un membre d’un groupe de jeunes gens est projeté par le vent dans le canal. Un des garçons ne fait ni une ni deux, il se déshabille pour aller le chercher, mais il est sauvé des eaux par Yves et Utopia qui récupèrent le chapeau. Nous arrivons enfin à La Villette, sous un vent très violent. Les pontons en épi sont heureusement peu occupés, nous accostons sur un après en avoir visé un autre.
Les étapes : … par principe nous méprisions les longues étapes et les départs de bon matin. (1)
Lundi 7 juillet, nous partons au petit matin de La Villette, en espérant descendre le canal Saint Martin sans problème. En fait, nous devrons attendre une bonne heure en amont de la dernière écluse avant le souterrain pour laisser passer des bateaux prioritaires. Nous avons cependant de quoi nous occuper pendant la descente, le vent violent ayant précipités de nombreux objets hétéroclites dans le canal, sans parler des sacs plastiques qui se retrouvent pris dans l’hélice. Nous ramassons un magnifique parc à bébé en bois. Nous en ferons cadeau aux Canaux Parisiens sur le bord d’une écluse.
Après être passé en Seine, puis sur la Marne, où d’autres participants à la croisière nous rejoignent, nous nous dirigeons vers Lagny-sur-Marne. Nous ne perdons pas de temps, car l’écluse de Vaires-sur-Marne ferme à 18 heures. Peu avant cette écluse, nous sommes obligés de nous arrêter pour laisser passer l’énorme barge à ordures Azur de Véolia. A notre demande de pouvoir passer l’écluse, c’est Azur qui nous répond que l’écluse ferme à 18 heures, et qu’il est inutile que nous nous présentions. Malgré ce conseil avisé, la responsable de VNF nous sasse, et nous la remercions chaleureusement. Les six bateaux rejoignent Lagny-sur-Marne vers 19 heures, où nous constatons plusieurs problèmes, les bornes à eau et électricité sont en panne, pas de poubelles sur le quai, …
Nous quittons Lagny le lendemain en milieu de matinée, pour passer par le tunnel de Chalifert et ses deux écluses. Pendant que nous déjeunons à Esbly, deux péniches Belges passent, un avalant et un montant, et les deux ralentissent nettement à notre vue pour éviter les remous, qu’ils en soient remerciés.
Les péniches : Le batelier est à bord, maître sur son navire, il peut mettre pied à terre quand bon lui semble, rien ne peut le force à louvoyer le long d’un rivage toute une nuit glacée, quand les voiles sont dures comme l’acier ; et pour autant que je puisse en juger, le temps est aussi immobile pour lui qu’il peut l’être raisonnablement malgré le retour de l’heure de se coucher ou de dîner. Pourquoi les bateliers devraient mourir un jour ? On se le demande. (1) C’est à rapprocher de la note parue dans Fluvial en avril 2008, un batelier sur une péniche de 14 à 72 ans, et toujours en activité à cet age.
Nous arrivons à Meaux à la halte municipale en milieu d’après-midi, et nous constatons, comme le syndicat d’initiative nous l’avait promis, que des places sont réservées pour nous. Un arrêté municipal a même été affiché sur les pontons !
Nous partons de Meaux mercredi pour aller stationner sur le quai amont de l’écluse d’Isle-les-Meldeuses.
Les écluses : Voir les péniches attendre leur tour à une écluse donne une excellente leçon de détachement face aux choses de ce monde. (1)
Nous visitons dans l’après-midi l’usine élévatoire de Villers-les-Rigault sous la conduite d’une guide très compétente de l’association Au Fil de L’Ourcq (AFLO). Cette usine a été construite en 1868 afin de pouvoir assurer l’approvisionnement en eau du canal de l’Ourcq, à destination de Paris. Elle est la sœur de l’usine de Trilbardou que nous avions visitée en 2006. Le service des Canaux Parisiens a même poussé la gentillesse jusqu’à faire fonctionner l’usine pendant notre visite.
Tous les renseignements techniques et historiques peuvent être trouvés sur le site Internet de l’AFLO
Monsieur Claude Gaudin, ingénieur responsable de la section à petit gabarit du canal de l’Ourcq, nous avait permis de dîner sur le site de l’usine, sous un préau, car en ces temps de réchauffement climatique nous ne sommes jamais trop prudents. Comme me le faisait remarquer un participant, ces croisières sont bien, mais pourquoi ne pas les organiser en été ? Monsieur Gaudin prend l’apéritif avec nous, et nous stupéfie par ses connaissances et ses nombreuses anecdotes concernant l’Ourcq et les canaux parisiens.
Le jeudi 10 juillet au matin nous quittons l’écluse d’Isle-les-Meldeuses pour rejoindre La Ferté-sous-Jouarre en début d’après-midi. Comme la halte municipale ne comporte que deux places libres, nous allons nous amarrer sur les pontons du seul loueur restant en région parisienne, Marne loisirs, dont nous connaissons le responsable pour l’avoir côtoyé au salon nautique de Paris. Les amarrages sont délicats, les pontons étant en épis, à cause du courant encore fort, et d’un vent violent, qui nous accompagne depuis le début de la croisière.
A 18 heures, nous sommes reçus à l’hôtel de ville par Madame Marie Richard, maire de la ville et vice-présidente du conseil générale d’Ile de France, en charge du tourisme. Elle promeut de manière importante le tourisme fluvial, et nous avons des échanges très fructueux pendant la réception. Nous apprenons par ailleurs que La Ferté-sous-Jouarre a été mondialement connue pour ses meules à grain qui furent utilisés sur tous les continents. Je suis dépositaire de deux volumes universitaires donnés par Madame le Maire : « les carrières de meules de moulins en France, du Moyen Age à la révolution industrielle », avec la charge d’en faire un résumé dès que possible, ce qu’à ma grande honte ne n’ai pas encore mené à bien.
Nous quittons La Ferté-sous-Jouarre en début de matinée sous une pluie intermittente, après avoir essuyé le soir précédent un énorme orage, pour atteindre Château-Thierry. Nous y préparons le barbecue qui va marquer la fin de la croisière, et qui sera très réussi, avec uniquement des alertes sous forme de quelques gouttes, mais pas de pluie.
Nous partirons ensuite à trois bateaux pour rallier Epernay en y appréciant l’accueil au port (SNE) qui est adhérent de l’ANPEI. Nous y passerons le 14 juillet, tout en visitant quelques caves, avec un air de déjà-vu. En effet, la tour de l’entreprise Castellane rappelle furieusement celles de la gare de Lyon à Paris et de la gare SNCF à Limoges. Renseignements pris, c’est le même architecte qui a réalisé tous ces bâtiments.
Nous poursuivrons ensuite après la Marne par le canal latéral à la Marne, le canal de l’Aisne à la Marne, le canal latéral à l’Aisne, puis l’Oise et enfin la Seine pour rejoindre Paris.
Une croisière fluviale : Un vieil homme (…) dit que c’était l’entreprise la plus sotte dont il avait jamais entendu parler. Enfin, ne savais-je pas, me demanda-t-il, que ce n’était rien que des écluses, des écluses, encore des écluses, tout le long du chemin ? sans parler du fait que, à cette saison de l’année, nous trouverions l’Oise complètement à sec. (1)
Nous n’aurons pas (trop) de problèmes, sauf les portes de l’écluse automatique de Isse qui se referment sur Miss Perfect en le bloquant et les nuées de taons près du tunnel de Mont de Billy. Nous terminerons par la traversée de Paris le vendredi 25 juillet, avec une femme tombée dans l’eau au pont Alexandre III, sauvée par les pompiers qui en profitent au passage pour récupérer un Vélib pour enfin être bloqué devant l’écluse de l’Arsenal (comme en juillet 2006 en revenant de Poses) car elle est en panne pour plusieurs heures.
Pendant cette croisière, nous aurons pu saluer sur la Marne : Pierre et Annie sur Van Kok Maï ; sur l’Oise : Pierre sur Thélémite, Philippe et Kim sur La Kim Anh ; sur la Seine : Pierre sur La Désirade.
(1) Robert Louis Stevenson « An Inland Voyage » « Croisière à l’intérieur des terres » -Gallimard - 2001