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ANPEI

Histoire

dimanche 6 janvier 2008


Le Canal du Centre et son histoire.

Des routes en mauvais état et peu sûres ; des moyens de transports limités aux carrioles tirées par des ânes ; les chemins de fer et les avions qui existaient peut-être mais seulement en rêve ; un réseau fluvial notoirement insuffisant, mal domestiqué, avec des bateaux de faible capacité, font que très tôt les chemins d’eau que sont les canaux furent envisagés soit pour « doubler » des rivières difficilement navigables : les canaux dits latéraux, soit pour joindre 2 bassins fluviaux : les canaux dits de jonction.

La gestation du Canal du Centre ne fut pas un long fleuve tranquille !

Scierie et bassin du canal à Digoin

Un projet de réunir l’océan Atlantique à la Méditerranée par une voie de navigation traversant la Bourgogne existe dès le règne de François 1er, est repris sous Henri IV puis sous Louis XIII. En 1665, les élus des Etats de Bourgogne s’y intéressent à leur tour. Au 18eme siècle enfin, après que le Canal de Bourgogne eût été lancé (1777) Emiland Gauthey (1732-1806) obtient après s’être battu pendant près de 25 ans l’autorisation de construire le Canal du Centre, aux frais des Etats de Bourgogne.

Pont à Saint-Léger-sur-Dheune

Une écluse assurait la liaison directe du canal à la Loire. De nos jours, un pont-canal long de 241 m construit de 1834 à 1838, assure la liaison avec le canal latéral la Loire.

Les lavandières (ou laveuses de Bourgogne) exercent leurs talents sur le Canal, la Bourbince, ou comme ici la Dheune

Le tracé

Il est prévu à l’origine que le Canal empruntera à partir du seuil de Longpendu, à l’ouest la vallée de la Bourbince en direction de Digoin et la Loire, à l’est la vallée de la Dheune en direction de Verdun-sur-le-Doubs et la Saône, mais Gauthey obtiendra qu’à partir de Chagny le Canal rejoigne la vallée de la Thalie et se jette dans la Saône à Chalon.

La ténacité de Gauthey : une stratégie qui s’avéra payante

En plus des problèmes techniques que peut poser l’étude et la réalisation d’une oeuvre architecturale considérée comme la plus grande du 18eme siècle, il aura fallu toute la pugnacité et la science de Gauthey pour convaincre les décideurs, à l’origine réticents face aux difficultés inhérentes à cet imposant objectif, que le projet était techniquement réalisable et que l’impact économique de sa réalisation serait considérable.

Chalons sur Saône

L’arrivée du Canal en Saône au quai du Linguet, secteur disparu avec la déviation du Canal par Crissey. Au 1er plan, un concours de pêche. En toile de fond l’usine Schneider appelée Le Petit Creusot qui a d’ailleurs fabriqué de nombreux bateaux

Les Travaux

le pont du Montet à Palinges

Le Canal du Centre était jalonné d’ouvrages d’art, pour beaucoup disparus lors du passage au gabarit Freycinet, tel le pont du Montet à Palinges, d’une arche à l’architecture sobre, remplacé par un tablier métallique

Génelard, les tranchées

La tranchée dont les côtés ont été construits en pierre. Le profil a été dressé lors du passage au gabarit Freycinet. Tout près de l’eau se trouve le chemin de halage pour la traction humaine. Plus haut se situe le chemin pour les animaux

Le 1er coup de pioche fut donné le 18 avril 1783 par le Comte de Clermont-Montoison, seigneur de Chagny. Les travaux devaient durer 10 ans, la mise en eaux définitive intervenant en 1793. La troupe y participa jusqu’en 1785, puis la relève fût assurée par plus de mains d’oeuvre locales ainsi que par des ouvriers et « pionniers » venus des provinces voisines. Mille personnes environ, divisées géographiquement en 15 ateliers, y travaillèrent en permanence, le résultat final étant :
- un Canal de 114 km de longueur
- 81 écluses
- 3 tranchées (Chagny, Longpendu et Génelard)
- 55 acqueducs
- 62 ponts - 11 ports
- 13 réservoirs d’alimentation en eau, essentiellement au point de partage par l’intermédiaire de 3 rigoles : Marigny, Saint-Julien-Bondilly et Torcy.

Etang de Montchanin

Il est l’un des 13 réservoirs qui alimentent le Canal en eau. ll a les particularités de se trouver tout près du Canal et d’être situé géographiquement au point de partage des eaux, c’est-à-dire au point le plus haut du canal à 301 m d’altitude.

Les 7 écluses à Ecuisses avant 1889

Gauthey avait prévu des biefs courts entre les 7 éduses très rapprochées du fait d’une forte pente du terrain, afin que tes bateaux puissent se croiser. Lors du passage au gabarit Freycinet, sous le double effet de l’allongement des bateaux et des écluses, les biefs devinrent trop petits et l’on dut réduire le nombre d’é-cluses de 7 à 4 en augmentant les hauteurs de chute.

Le Trafic

Montceau-les-Mines

L’histoire des houillères du bassin de Blanzy-Montceau est intimement liée à celle du Canal. Elles ont pu se développer considérablement grâce à ce moyen de transport particulièrement adapté. La photo montre le chargement d’un bateau à la brouette.

Monchanin-les-Mines

Pendant près d’un siècle et demi, les ports publics ont connu un intense trafic et contribué aux approvi- sionnements et débouchés des industries regionales. La sidérurgie creusotine y était reliée au port de Montchanin par l’intermédiaire d’un port privé et de la rigole de Torcy, dès 1836 quand les frères Schneider s’installèrent au Creusot.

Rappelons que ce Canal avait été prévu pour assurer une communication par eau entre l’Atlantique et la Méditerranée. La construction du Canal de Briare (mis en service en 1642) et le Canal du Loing (1723) permit également la jonction avec le bassin Parisien.

Il s’agissait donc d’un Canal de transit. Son importance dans ce domaine restera cependant relativement modeste, les produits transportés étant le vin, l’huile, les céréales, les textiles, le sois, le charbon, la pierre.

Par contre, le développement industriel du département au 19ème siècle fût largement facilité par ette voie d’eau :
- Schneider reçut charbon et minerai par le Canal et expédia armement, gros réservoirs, etc …
- Les forges de Gueugnon reliées ultérieurement au Canal par la rigole d’Arroux recevaient le charbon et expédiaient leur production
- La présence du Canal et de nombreuses carrières d’argile à proximité entraîna la création d’une cinquantaine d’entreprises utilisant cette matière première, telles que tuileries, briqueteries de carrelages, poteries, dont une dizaine subsistent actuellement ; d’où l’appellation donnée au Canal de Vallée de la céramique.

Ecuisse, 9eme écluse Tuilerie Perrusson

La tuilerie, briqueterie fabrique de carrelages Perrusson constitue un exemple des nombreuses industries céramiques (environ .É0) qui se sont installees le long du Canal à la fin du 19’ siècle pour bénéficier sur place ou presque, de l’argile, du charbon et du Canal pour le transport.

Chagny, Carrière de M. MesTrallet

Les carrières alimentaient en grande partie les fours à chaux de Schneider situés au port de Montchanin ainsi que d’autres entreprises utilisant la pierre.

Les modifications

De très nombreux travaux d’amélioration ont été réalisés depuis la création du Canal, à savoir :
- Création et surélévation de nombreux étangs d’alimentation, pour arriver à une réserve de 24 millions de m3.
- Séparation de l’étang de Montchanin et du bief de partage (1830).
- Jonction avec le Canal latéral à la Loire en 1838.
- Création de la rigole d’Arroux en 1869.
- Passage au gabarit Freycinet, afin de pouvoir accueillir des bateaux de capacité 300 tonnes. Ce fût un gros travail qui nécessita l’allongement des écluses à 38,50 m. Leur nombre fût réduit à 63 avec augmentation des hauteurs de chute.

Les ponts virent leur arche de pierre remplacée par un tablier métallique. Les tranchées furent élargies, plusieures courbes rectifiées, la profondeur des biefs augmentée à 2,20 m.

Ces travaux durèrent plus longtemps que la construction initiale et se terminèrent fin du 19eme, début du 20eme siècle.

Après la dernière Guerre Mondiale intervinrent essentiellement des modifications de tracé, dans les années 1960 : la déviation de Chalon par le nord, le changement dû à la construction de la route express à Montchanin, l’abandon définitif du tronçon qui se jetait en Loire à Digoin.

Ecluse de Crissey

Elle remplace les 3 écluses qui existaient à Chalons avant la déviation intervenue en 1958, d’où une hauteur de chute de près de 11m. Elle est la dernière du canal, à 200m environ du lit de la Saône.


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