vendredi 23 février 2007
(information Gérard Proteau, 2007)
L’idée d’un canal de navigation de Bayonne à la Gironde par les lacs landais, le bassin d’Arcachon et les lacs médocains, remonte au XVIIème siècle.
L’idée est reprise au XVIIIème. Les guerres de la révolution et de l’empire reportent le début des travaux du canal des Landes devant relier le bassin d’Arcachon à l’étang de Cazaux.
Le 1er juin 1834, Louis Philippe signe une loi autorisant un avocat bordelais, le sieur Boyer -Fonfrede ,(neveu du conventionnel girondin guillotiné sous la Terreur) à creuser un canal. " à ses frais, risques et périls ". Celui-ci crée la même année la compagnie d’exploitation et de colonisation des Landes. Il est à noter qu’un des arguments avancés à l’époque, outre l’exploitation des produits forestiers et agricoles Landais, fut de prétendre que le débit du futur canal devrait draguer les passes du bassin et de permettre aux vaisseaux de l’état d’y séjourner !!
Boyer -Fonfrede possède une réputation sulfureuse, (son propre père le traite d’escroc) et semble avoir le don de susciter sur son passage fraudes querelles et procès. Le chantier du canal s’enlise dans les controverses et les difficultés financières. Les relations du directeur avec ses employés sont très souvent conflictuelles, les terrassiers traités comme des esclaves, ne sont pas payés, ils finissent par se révolter et arrêtent les travaux.
En 1836, Boyer-Fonfrede est remplacé par le vicomte Levavasseur, les travaux reprennent.
Le conseil d’administration est présidé par Ambroise de la Rochefoucault, duc de Doudauville
Au débouché du canal sur le bassin, à LA Hume, devait naître un port : Port La Rochefoucaultet une ville : Doudauville.
Un grand bâtiment devant servir de siège administratif y est construit, il sera occupé ensuite par le vicomte Hericart de Thury, 2ème maire d’Arachon.Il existe toujours et abrite actuellement ‘’les bonnes vacances ‘’.
En 1838 le canal est creusé.
On commence en grande pompe et en présence des plus hautes autorités civiles et militaires la construction de la 1ere écluse. Le canal mesure 14,5 Km et sa largeur varie de 13 à 24 m, sa profondeur est de 1, 65 m .Sur les 8 écluses prévues, 7 seulement sont construites à la mise en service. Les sas sont de 20 m et de 30 m à la 3eme et 4eme. Hauteur moyenne de chute d’eau : 2, 50 m. la dénivellation totale est de 20 m. Selon les premières estimations, les travaux ont coûté deux fois plus cher que les devis, et les péages sont dix fois inférieurs aux prévisions.
Le tonnage annuel est d’environ de 7000 t mais insuffisant pour couvrir les frais. En 1845, l’administration ouvre le canal au tourisme payant.
Parallèlement, en 1837 est créée sous la présidence du duc de Montmorency, la Compagnie Agricole et Industrielle d’Arcachon, dont les terres sont traversées par le canal mais qui est emportée par la mégalomanie et la méconnaissance par ses administrateurs issus de la noblesse légitimiste des réalités landaises .Elle avait tenté de fertiliser 4000 ha de sable destinés a la culture de pommes de terre, d’arachides, de betteraves, de riz et de mûriers pour les vers a soie .Elle est dissoute en 1846.
En 1856, le dragage est devenu nécessaire. En 1859 le canal est devenu impraticable, victime d’ensablements incessants.
L’ouvrage est donc condamné avant d’avoir été totalement terminé. En effet, la dernière écluse d’accès au bassin d’Arcachon ne fut jamais construite pour cause de différents entre la compagnie des Landes et la compagnie de chemin de fer de Bordeaux à la Teste ; Le canal doit passer sous la voie ferrée a la hauteur de la Hume, mais la compagnie de chemins de fer refuse le tirant d’air nécessaire au passage des gabares, obligeant ainsi les marchandises à être transférées sur le train. Il s’arrête donc a une centaine de mètres de la route et, ne passe sous la voie ferrée, que le déversoir .
La compagnie est déclarée déchue de sa concession et vendue aux enchères : 14, 5 kms x 92 m acquis pour une misère par M. Lalanne, qui construit une maison à La Hume à l’extrémité du canal.
Avec le développement du tourisme à Arcachon, les blanchisseuses professionnelles investissent les bords du canal. On peut voir des vestiges de cette époque au parc de la chêneraie
Le canal traverse également une partie du terrain militaire du Courneau, occupé à l’époque de la grande guerre par un régiment de tirailleurs sénégalais et dépendant actuellement de la base aérienne de Cazaux .
De 1940 à 1944 les Allemands occupent la maison Lalane et construisent 2 blockhaus à cet endroit. Ils sont toujours la ! Ils détruisent ce qui restait des écluses et les remplacent par des barrages destinés à inonder La Teste et ses environs en cas de débarquement alliés.
Quelques extraits du règlement de la compagnie nous laissent rêveurs aujourd’hui :
La journée de travail commencera du 1er mai au 1 septembre à 4 h du matin et finira à 7 heures du soir, avec un repos de 3 h entre midi et 15 h du 15 juin au 15 août. Pendant le reste de l’année, la journée commencera avec le jour et finira à la nuit avec 1 h de repos pour chaque repas !
Les malades devaient être pris en charge par l’administration.
En réalité, la compagnie renvoyait les ouvriers qui tombaient malade. Ils devaient rejoindre l’hôpital de Bordeaux par leurs propres moyens ! Certains ont été retrouvé sur le bord de la route, près de La Hume, morts d’épuisement après avoir tenté de se rendre à Bordeaux.
