dimanche 6 avril 2008
Depuis 170 ans, la rigole d’Hilvern déroule ses méandres ombragés sur 62 kilomètres, des Côtes d’Armor vers le Morbihan…
Le Conseil Général des Côtes d’Armor a fait réaliser une exposition sur la rigole d’Hilvern. Cette expo circulera dans les communes riveraines à partir de ce printemps et ce jusqu’à la fin des travaux menés sur la rigole.
1824-1838
Il aura fallu près de 15 ans pour creuser et aménager la rigole d’ Hilvern, entièrement artificielle. L’ouvrage hydraulique contribue alors au bon fonctionnement du réseau breton de voies navigables, destiné à faciliter le transport des marchandises.
Le contexte historique
À la fin du XVIIIe siècle, la Bretagne compte peu de moyens de communication. Les villes et les villages sont principalement reliés par des chemins de terre, souvent mal entretenus ou impraticables. Ils entra-vent la circulation des marchandises.
Conscients de la situation, les États de Bretagne décident, en 1783, de constituer un réseau de voies navigables destiné au transport de marchandises. Ils imaginent des canaux reliant les principales rivières de la province.
La Révolution suspend les travaux mais Napoléon 1 er reprendra le projet pour échapper aux contraintes du blocus continental imposé par l’Angleterre. Il engage la réalisation du canal de Nantes à Brest.
Comment ça marche ?
Le canal emprunte le cours des rivières naturelles et, là où ce n’est pas possible, il est creusé à la force des bras. C’est notamment le cas entre Pontivy et Rohan (56), où il s’agit de relier deux rivières parallèles, l’Oust et le Blavet.
Comme il est situé en un point géographiquement haut, le canal nécessite, pour fonctionner, la construction d’une série d’écluses et de biefs, ainsi qu’un apport important en eau. Cette eau est fournie grâce à la construction d’une retenue d’eau en amont de l’Oust, à Allineuc (22) : c’est le barrage de Bosméléac (3 millions de m3 d’eau).
Pour permettre d’acheminer l’eau du barrage au canal de Nantes à Brest, la rigole d’Hilvern est construite. Son parcours suit les nombreuses courbes du relief, de sorte que l’eau s’écoule doucement du nord vers le sud sur une pente constante de 27 mm par 1000 mètre.
Le saviez-vous ?
À plusieurs reprises, le tracé de la rigole traverse de petits cours d’eau, ruisseaux ou affluents naturels des rivières. Afin de ne pas perturber leur débit, de nombreux ouvrages d’art ont été créés : ponts, aqueducs, madriers croisés (canalisations en bois). Ils maintiennent la continuité des cours d’eau, tout en permet-tant l’arrosage des prairies.
La construction de la rigole engendre un véritable bouleversement économique pour les riverains. Elle compense le déclin du commerce des toiles, mais entrave les activités de certains corps de métiers.
Une opportunité pour certains
Alors que le commerce des toiles de lin, principale activité économique du pays, décline en ce début du XIXe siècle, les chantiers du barrage de Bosméléac et de la rigole offrent du travail à une population en difficulté. On y retrouve de nombreux paysans, tisserands, filandières, blanchisseurs et marchands de toiles de la région.
Un manque à gagner pour d’autres
Le bonheur des uns fait le malheur des autres…
La construction de la rigole afflige meuniers et paysans, contraints de délaisser leurs terres ou de réduire leur activité.
Le 9 juin 1824, l’ingénieur Lenglier annonce la mise en chômage des moulins : “Nous devons faire les jauges des eaux qui pourraient être amenées au bief de partage d’Hilvern…Nous devons mettre les moulins en chommage continu pendant une huitaine de jours et indemniser gré à gré les meuniers…”
Le 6 février 1835, les fermiers et riverains des villages de Kerdrain et Médroux demandent dommages et réparations : “Cette rigole est presque partout creusée. Il nous est impossible de cultiver, ensemencer et faire paître un grand nombre de pièces de terre puisqu’il n ’y a aucun chemin d’accès… in ’y a point de ponts, les ingénieurs n’ont pas jugé à propos d’en établir…”
Le saviez-vous ?
Le chantier de construction de la rigole est divisé en cinq lots, dont quatre dans les Côtes d’Armor :
1er lot : du moulin de Bélaître à Bizoin
2e lot : de Bizoin à Saint-Guen
3e lot : de Saint-Guen à Saint-Caradec
4e lot : de Saint-Caradec à la limite du Morbihan
Les documents d’archives révèlent de nombreux aspects de la vie quotidienne sur le chantier : journée de travail, corps de métiers, rémunérations, contingences techniques…
Les corps de métier
Sur le chantier de construction de la rigole, chacun sait ce qu’il a à faire : Les manoeuvres, les terrassiers et les goujats assurent les tâches les plus importantes : travaux de creusage, de terrassement, de transport des déblais
Les maçons, les contre-maçons, les tailleurs de pierre et les chaufourniers fabriquent les ponts, les murs en pierres sèches, les déversoirs et les radiers
Les femmes et les enfants ramassent les pierres des environs, les cassent et les calibrent. Elles servent ensuite à l’empierrement des chemins et des tabliers des ponts
Petit lexique
Le chaufournier : l’ouvrier en charge du four à chaux
Le goujat : l’apprenti maçon
Journée de travail et rémunération
Ce document illustre les conditions de travail difficiles sur le chantier. La journée dure 10 à 12 heures. Les salaires vont de 4 francs par jour pour les appareilleurs à 70 centimes pour les femmes et les enfants.
“Détail des prix des divers ouvrages qui seront exécutés pour l’ouverture de la rigole destinée à conduire les eaux de la rivière de l’Oust au bief de partage d’Hilvern pour l’établissement d’un réservoir au-dessus de Belaître et autres travaux accessoires.
Remarque générale.
À tous les prix, il faut ajouter 1/50e de bénéfice pour l’entrepreneur.
N°1
Prix de la journée des ouvriers, voitures, en supposant la journée moyenne de dix heures.”
Le saviez-vous ?
Dès le début de sa construction, la rigole d’Hilvern a subi de nombreuses infiltrations. Elles ont considérablement ralenti l’avancée du chantier et ont continué à perturber le fonctionnement de l’ouvrage bien après sa livraison, d’où l’installation de dispositifs d’étanchement.
Définitions
Un bief est un espace entre deux écluses sur un canal de navigation.
Un bief de partage est un bief situé sur une ligne de partage des eaux, une crête plus ou moins élevée de laquelle s’écoulent les eaux de précipitations en sens opposés sur chacun des versants.
Plan et devis
Les documents d’archives, permettent de récolter de précieuses informations techniques, à l’image des devis ou croquis techniques, qui apportent des descriptions précises des constructions.
“Devis des ouvrages à faire pour l’ouverture d’une rigole destinée à conduire les eaux de la rivière de l’Oust, au bief de partage d’Hilvern, pour l’établissement d’un réservoir à Belaître, les autres travaux accessoires.
Rigole
La longueur de la rigole depuis le bief de partage d’Hilvern jusqu’à la prise d’eau à Belaître sera de 65057 mètres ; à savoir : 16287 mètres pour le Morbihan, et le reste dans les Côtes du Nord
La pente sera de 27 millimètres par mille
“Croquis n°2 Profil en travers indicatif du mode d’étanchement employé pour prévenir, dans certaines parties, les filtrations de la rigole alimentaire du bief de partage d’Hilvern. Ce mode n’est employé que lorsque la hauteur du terrain naturel au-dessus du plafond de la rigole ne dépasse pas 1,50 m. Les parties déblayées pour l’emplacement des corrois [remblais en argile, ndlr] portent des teintes violette et bleue. Les parties des remblais sont celles qui portent des teintes violette et rose.”
La rigole d’Hilvern abrite de nombreux trésors naturels et historiques. Elle dispose également d’un grand potentiel économique et touristique.
Le projet d’aménagement de la rigole du Conseil général entend valoriser ces atouts, pour faire de la rigole un itinéraire de randonnée apprécié de tous.
Un projet touristique
La mission
Aménager un chemin convenant à tous les randonneurs, afin de développer la fréquentation du site et, plus généralement, le tourisme local
Comment y parvenir ?
En restaurant la voie de desserte et en l’équipant d’un revêtement roulant et agréable
En ouvrant au public une partie du chemin de contre-desserte, plus sauvage et donc plus adapté aux vététistes et aux cavaliers
En assurant la sécurisation des sentiers et des équipements
En effectuant un entretien régulier du site, qu’il soit manuel ou mécanique (débroussaillage, fauchage, élagage, entretien des boisements)
En valorisant les moyens d’accueil touristique locaux
En développant de nouveaux services touristiques : location de vélos, hébergement…
Un projet environnemental
La mission
Conserver et valoriser les paysages et le patrimoine historique de la rigole ; maintenir et diversifier la flore et la faune du site
Comment y parvenir ?
En conservant quelques méandres inondés à l’état naturel, afin de protéger l’habitat de la faune et de la flore
En définissant une gestion réfléchie des boisements
En assurant un entretien respectueux de l’environnement
En restaurant et valorisant le petit patrimoine (ponts…)
En proposant une intégration paysagère des aménagements respectueuse du site
Un projet social
La mission
Rendre le site accessible à tous, y compris aux personnes en situation de handicap
Comment y parvenir ?
En aménageant des parkings équipés de toilettes adaptées
En proposant des boucles appropriées et un revêtement adapté aux fauteuils roulants et aux poussettes
Les premiers pas du projet
Organisation de 9 réunions de concertation locale
avec les élus, les associations et les riverains
Étude hydraulique et environnementale de l’ouvrage
Inventaire des boisements
Recensement du petit patrimoine (ponts, vannes, maison de cantonnier…)
Sécurisation des carrefours dangereux
Entretien courant de la rigole (fauchage, élagage…)