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Emprunter le Grand Canal d’Alsace

dimanche 30 juillet 2006


(Gérard Cottenceau, Coteaux du Layon II, Juillet 2006)

Afin de prévoir d’éventuels retards nous avions décidé de rentrer dans le Grand Canal d’Alsace de bon matin pour effectuer les 73 kilomètres de Niffer à Rhinau. La sortie du Grand Canal était prévue juste avant Rhinau pour rejoindre la branche nord du canal du Rhône au Rhin limitant ainsi le nombre d’écluses à franchir à quatre.

Après avoir quitté le port de Mulhouse l’embranchement de Kembs-Niffer au grand gabarit ne présente aucune difficulté. Un petit conseil pour ceux qui veulent faire une halte ou passer la nuit avant de franchir l’écluse de Niffer : arrêtez-vous à l’un des pontons entre le PK 8 et le PK 7 ou entre PK 5 et le PK4. Il est impossible de s’arrêter ailleurs et lorsque vous arriverez à Niffer vous serez obligé d’utiliser le port. 12 € la nuit pour un bateau de 11,50m lorsqu’on a besoin ni d’eau ni d’électricité, c’est le piège et pas moyen d’y échapper.

Auparavant, à la dernière écluse à la sortie de Mulhouse, l’éclusier prend note des références du bateau et de la puissance du moteur. C’est tout, sans autre remarque ni conseils.

Il appartient donc à chaque plaisancier de bien mesurer ses propres capacités et les capacités de son bateau (*) avant d’effectuer une navigation qui n’a rien à voir avec nos canaux touristiques.

Le lendemain matin, dès le lever du jour, nous entrons dans l’écluse de Niffer après avoir manifesté notre attention par téléphone. Et pour les quatre écluses suivantes j’utiliserai le téléphone portable car ma VHF est sans doute trop faible et ne donne aucun résultat acceptable.

Ecluse de Niffer

Deux kilomètres après être sorti de l’écluse de Niffer c’est le baptême du feu.

Nous croisons deux énormes cargos qui se trématent à notre hauteur tandis qu’un immense bateau à passagers nous trémate également. Quatre bateaux qui se croisent, pas de problème il y a de la place, le canal est très large. Mais il va se passer de longues minutes pendant lesquelles mon épouse moi allons rester très silencieux en essayant de ne pas croiser le regard de l’autre pour ne pas se transmettre l’inquiétude de devoir subir cela pendant tout le trajet. Dans une cuvette, et ce grand canal n’est qu’une immense cuvette, le moindre mouvement de l’eau se répercute d’une berge à l’autre et semble ne jamais finir. Et là, avec trois énormes bateaux croisés la masse d’eau déplacée est considérable, notre coquille de noix va mouiller ses bords comme elle ne l’avait jamais fait. Maintenant, avec le recul et la sérénité revenus, j’appelle cela le culbuto. Le bateau s’incline bord sur bord, aucun objet ne doit traîner sur le pont au risque d’être perdu, et je suis cramponné à la barre du pilotage extérieur afin de ne pas me retrouver les quatre fers en l’air dans la baignoire ou par dessus bord pour y prendre un bain. C’est un moment désagréable et cela ne semble jamais finir.

Le croisement d’autres bateaux, même très gros et rapides, ne posent aucun problème à partir du moment où ils sont isolés. Il suffit de présenter l’étrave face à la vague et le bateau encaisse très bien, et cela n’a rien de désagréable.

Le passage des écluses s’est globalement bien déroulé. En gardant le contact avec l’éclusier par téléphone ou VHF nous ne sommes autorisés à entrer dans le sas qu’à la suite des cargos, bateaux à passagers et autres pousseurs. C’est une sage précaution. Mais il faut veiller à ne rentrer dans le sas qu’après s’être assuré que les gros sont bien collés au bajoyer. A la dernière écluse, ayant pris un peu trop d’assurance, je suis entré trop vite. L’énorme bateau qui me précédait n’avait pas terminé sa manœuvre. Et au moment où je me stabilisais il a mis un coup de moteur pour se coller à son amarrage ce qui a eu pour conséquence de me projeter violemment contre le bajoyer.

Il faut ajouter que dans le Grand Canal, pour la partie que j’ai emprunté, la vitesse du courant doit être de l’ordre de trois kilomètres heure.

Pour ma part j’utiliserai ce type de parcours, et seulement dans le sens du courant, uniquement pour éviter de faire demi-tour à Mulhouse et ainsi prendre tout le plaisir d’une grande boucle par ailleurs très agréable. Cette conclusion ne vaut que pour moi. A chacun de mesurer son désir d’impressions fortes et la capacité de son bateau.

Quelques semaines plus tard, sur la Saône, j’ai croisé Maryse et Roland du bateau "Renita". Et la mésaventure qu’ils ont vécu m’a conforté sur les dangers de ce type de navigation.


Renita
(Roland, Renita)
"….le samedi 4 juin 2006 vers 16h30 à l’ écluse de VOGELGRUN-BIESHEIM sur le grand canal d’Alsace.
En approche de celle-ci, je m’adresse à l’éclusier sur la VHF ; celui-ci me répond : " Amarrez-vous à bâbord et attendez mes instructions ". Je m’amarre à un bateau de travail de VNF (comme trop souvent, pas de poste d’attente devant les écluses …) et doit attendre une demi-heure pour voir arriver un convoi de trois énormes barges à couple, chargées de containers.
L’éclusier m’invite à entrer dans le sas à sa suite, me logeant dans le quart restant disponible.
Cette écluse, haute de 15 mètres, comporte des bollards flottants et le sassement en lui-même s’effectue tranquillement.
La situation se gâte terriblement lorsque le conducteur du convoi sollicite la puissance de ses milliers de chevaux pour sortir de l’écluse.
Un courant énorme, butant dans le radier, revient sur l’arrière de notre petite vedette hollandaise de 10,30m et tout devient impossible à gérer ; le bateau, maintenu juste en son milieu (une corde à l’avant, une corde à l’arrière), se met de travers et se couche dangereusement, rendant impossible le maintien des amarres. ( Ma compagne aura même la peau de 2 doigts arrachée, sans compter le nombre d’impacts de peintures à refaire ).
Contraints de tout lâcher, nous tenterons de gérer notre course folle dans les tourbillons et nous taperons à plusieurs reprises dans les bajoyers.
Nous avons finalement eu de la chance car nous avons vraiment craint le pire dans cette " marmite du Diable "…."
(*)Depuis quelques années j’ai un bateau de 11,50 m issu de la location qui fait 6 tonnes et qui est équipé d’un moteur de 50 cv. C’est une vedette Sedan qui était loué sous le nom de "Prince" par la Blue Line et sous le nom de "Renaissance" par Locaboat. L’étrave est en V et la coque n’est pas trop plate pour un bateau fluvial.

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