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Du Canal du Midi aux Canaux de Bretagne

samedi 28 juin 2008

Kader Benferhat, Président du Comité des canaux bretons : "Notre Canal des Deux-Mers c’est le Manche-Océan de Saint-Malo à Arzal dont les premiers travaux ont débuté en 1539 sous François Ier par la canalisation de la Vilaine…"

Du projet au monument du patrimoine

Sublime ce Canal du Midi ! Une merveille, seul qualificatif qui vient à l’esprit lorsqu’on le découvre et on le parcourt du Port de l’Embouchure à Toulouse jusqu’à l’étang de Thau ! Canal Royal de Languedoc, Canal des Deux Mers, Canal du Midi, autant de noms que de superlatifs pour ce chef-œuvre, né du génie d’un homme qui n’était ni ingénieur, ni hydraulicien mais simple fermier des gabelles et qui se révèle grand visionnaire : Pierre-Paul Riquet. Il y mouillera sa chemise et sa fortune dans ce que l’on peut appeler une aventure humaine aux prolongements économiques et sociaux.

De nombreux ouvrages ont été écrits sur le Canal du Midi. Il n’est pas question ici d’évoquer toute l’histoire de ce canal, mais juste quelques points…L’idée de génie de Riquet est celle du franchissement du seuil de Naurouze point culminant d’immenses plaines entre Pyrénées et Massif Central et qui était le plus grand obstacle à la réalisation de ce canal…C’est là qu’il placera l’alimentation du point de partage des eaux entre Océan et Méditerranée à 189 mètres d’altitude en pleine Montagnes Noires. Il ouvre au printemps de 1667 le plus grand chantier que la province n’avait connu auparavant. Pas moins de quatorze années de dur labeur avec plus de 12000 ouvriers pour arriver à bout de cette œuvre pharaonique. Riquet ne verra pas son œuvre achevée ; il meurt dans son château de Bon-Repos, au mois d’octobre 1680 alors qu’il ne restait plus que trois kilomètres à creuser ! Son oeuvre fut parachevée par ses héritiers et consolidée par Vauban…

Aujourd’hui le Canal du Midi, c’est 240 kilomètres de longueur, point culminant 189 mètres, dénivelé Toulouse-Naurouze 58 mètres, étang de Thau-Naurouze 110 mètres. 350 ouvrages d’art dont 126 ponts, 55 aqueducs, 6 barrages, 7 ponts-canaux, 63 écluses, dont une septuple, 1 quadruple, 4 triples, et 19 doubles émaillent le parcours.

Après avoir, pendant près de deux siècles, contribué au désenclavement et au développement économique de toute une région, comme pour les canaux bretons, le chemin de fer établira une redoutable et irréversible concurrence au canal dont il ne s’en remettra pas ! Avec le passage des derniers bateaux dans les années 70 de lourdes hypothèques pesaient sur son avenir ! Mais voilà en 1997 l’œuvre de Riquet et la mémoire de ce génie ne pouvaient avoir de plus bel hommage que son inscription au Patrimoine Mondial De l’Humanité !

Trois siècles après sa construction, il séduit, il fonctionne et il revit pleinement avec le tourisme fluvial…Qui a parlé de développement durable ? Voilà un exemple !

Du canal du Midi aux canaux de Bretagne

Si j’ai cité relativement au Canal du Midi les Montagnes Noires, le château de Bon-Repos ou le bief de partage des eaux à 189 mètres…Coïncidence ou universalité de l’aventure des canaux ? Montagnes Noires bretonnes, abbaye de Bon-Repos et bief de partage des eaux à 184 mètres à Glomel… Nos canaux de Bretagne s’inscrivent dans la même trempe que le Canal du Midi.

Si aux motifs de ce dernier s’imposait la nécessité d’éviter le long contournement dangereux de la péninsule ibérique, d’éviter les pirates barbaresques et un Golfe de Gascogne souvent déchaîné, n’en a-t-il pas été de même pour nos canaux bretons ? Se confronter d’abord à la mer :« …Restent à affronter les terribles courants du Raz de Sein qui déconcertent les plus habiles manœuvres…ou à se lancer au large sur une mer toujours violente afin de tourner l’Isle de sein et les rochers à fleur d’eau qui l’entourent… » Et puis l’ennemi : « …Dans les temps de guerre, les stations ennemies, auxquelles les gisements des côtes permet de s’établir et de mouiller l’ancre à l’ouvert des baies d’Audierne et de Douarnenez rendent dangereuses les communications maritimes… ». On se souvient en Bretagne de la bataille des Cardinaux et du Blocus Continental…

Notre Canal des Deux-Mers c’est le Manche-Océan de Saint-Malo à Arzal dont les premiers travaux ont débuté en 1539 sous François Ier par la canalisation de la Vilaine…

Si le Canal du Midi distille toute une culture et une identité régionale de toute une province, le Canal de Nantes à Brest souvent dénommé « Canal de Bretagne » reflète par son histoire et sa géographie ce trait d’union de l’identité et de la culture bretonne.

Pari, défi et expectative

Alors aujourd’hui se pose la question fondamentale : le canal de Nantes à Brest en ce début de 21ème siècle sera-t-il réhabilité, remis en navigation et classé au nom d’un patrimoine régional qui a de tout temps accompagnée la mémoire collective des bretons ? Véritable pari et défi pour des enjeux d’avenir !

Je suis au regret de dire, qu’au moment où j’écris ces mots et avec le temps qui passe, je reste dans l’expectative !

Combien de tergiversations sur la remise en navigabilité de quelques tronçons qui manquent dans les Côtes d’Armor et le Morbihan et le franchissement du barrage de Guerlédan au moment où la technique est complètement maîtrisée ! Combien d’interrogations et de lenteur sur le transfert en propriété et en gestion ? Il y a toujours chez les décideurs ceux, que j’appellerai les « canauxseptiques », qui transforment tout défi en obstacle ! Combien ça va coûter ? Est-ce utile ? A quoi çà servirait de remettre le canal en état ? Pour quelle navigation ? Trop d’écluses ! Trop lent à parcourir ! Questions et remarques de courte vue ou à contre sens de toute vision prospective, d’un futur possible !

La civilisation des voies rapides expresses, du TGV Atlantique et de l’aéroport de Notre-Dame des Landes si nécessaires à notre région dans ce siècle de vitesse, de haute technologie et de mondialisation ne doit pas nous faire occulter une autre vision de dimension humaine et de recherche d’authenticité.

Comme l’écrit si bien René Gast dans son ouvrage sur le Canal du Midi* en évoquant ceux qui aujourd’hui réhabilitent dans différentes régions leurs canaux : « La vraie modernité est peut-être là, dans la réconciliation avec un autre rythme, celui de ce passé où le voyage se comptait, non en kilomètres parcourus, mais en journées, en semaines ou en mois… »

Faudra t’il rester encore longtemps dans l’expectative ? Sans doute que non, à condition que la simple volonté politique se double d’une conviction politique la seule qui ouvre tous les espaces, toutes les ambitions, toutes les prospectives et tous les avenirs.

Kader Benferhat, Président du Comité des canaux bretons

*LE CANAL DU MIDI- Texte :René Gast ; Photographies : Bruno Barbier- Edition Ouest- France


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