mardi 23 octobre 2007
(Kader BENFERHAT, au nom du Comité des Canaux Bretons adresse un courrier au Président de la "Commission géographique Vilaine et pays côtiers" suite à la synthèse du 27 septembre dernier, envisageant le débarage du canal de Nantes à Brest de Port Launay à Pontivy)
Monsieur REGNAULT Président de la Commission géographique Vilaine et Côtiers Bretons Agence de l’eau Loire-Bretagne Délégation Armor-Finistère 18 rue du Sabot - Bät. B 22440 PLOUFRAGAN Pontivy, le 18 octobre 2007
Monsieur le Président,
Le Comité des canaux bretons, est consterné à la lecture de la synthèse émise par la « Commission géographique, Vilaine et Côtiers bretons ». Il ne s’agit ni plus ni moins que de la destruction systématique du canal de Nantes à Brest depuis Port-Launay jusque Pontivy. Mesure anachronique et à contre-courant de l’Histoire et du mouvement mondial de reconquête et de réhabilitation des canaux.
De plus construire cette mesure inique sur le fait unique qu’il n’y a plus de « navigation commerciale » résulte du fait qu’aucune étude sérieuse n’a été faite pour faire l’inventaire des travaux, des activités économiques et touristiques existants sur les sites que cette synthèse voudrait déclasser de MEFM en MEN.
Pour justifier ces mesures que nous considérons comme destructrices, d’un patrimoine inestimable, on voudrait définir notre potentiel hydraulique en MEFM (masse d’eau fortement modifiée) comme on a défini pour la terre agricole les SAU. Si on peut se permettre de mettre les terres agricoles en jachères pour se rendre compte avec un peu de retard qu’il faut corriger cette démarche en les remettant en culture (manque de blé, de fourrages), il serait souhaitable que les membres de la commission considèrent, qu’une « jachère hydraulique » une fois le canal de Nantes à Brest devenu, est irréversible en plus d’être ruineuse et coûteuse aux collectivités et à la population. C’est une stérilisation de toute la Bretagne intérieure avec toutes les hypothèques sur l’approvisionnement en eau de notre région.
Dans notre Bretagne, les mode de vie des humains, les densités de population et leur mobilité, les modes de conduite des cultures et des animaux, entraînent et entraîneront des besoins en eau très variables de nos ressources. Ces besoins seront non seulement variables en volume mais aussi au cours des saisons surtout que ces dernières n’obéissent plus à aucune règle météorologique. La gestion intégrée de la politique de l’eau, propriété et patrimoine communs, est le premier front du développement durable de notre Bretagne ; on en a tous conscience.
La Bretagne intérieure, avec ses principales rivières canalisées, devenues outil hydraulique de jonction entre les bassins de Loire, Vilaine, Aulne et Blavet, représente des sources à l’estuaire, une réserve que je définirai comme le formidable « château d’eau horizontal » à l’échelle de la Région, à l’opposé de l’image de « verticalité » des autres châteaux d’eau que l’on connaît.
Les eaux de l’Aulne et du Blavet sont de bonne qualité et méritent amélioration. Faut-il à cette fin détruire leur contenant « canal » en « jetant le bébé avec l’eau du bain » ! Ne confondons pas la « reconquête des qualités de l’eau » qui résulte d’une étude systémique, c’est-à-dire, d’une responsabilité collective de tous les acteurs, de la ménagère à l’industriel, avec la gestion concertée de notre potentiel hydraulique dans sa diversité.
L’eau du domaine public fluvial (DPF) doit être gérée selon l’axiome MULTIUSAGES et MULTIFONCTONS
Pour le Comité des canaux Bretons, s’inscrivant dans l’adhésion à la politique de gestion des eaux, la priorité reste à la sauvegarde de la ressource et de la reconquête de la qualité des eaux bretonnes, conditions sine qua non de la valeur ajoutée des activités sportives et ludiques : plaisance fluviale, pêche, canoë, randonnées…objets d’un vaste programme des schémas régional et départementaux du tourisme.
Notre canal de Nantes à Brest doit être sauvegardé en tant qu’outil hydraulique reliant tous les bassins versants (Loire, Vilaine, Blavet, Aulne), réserve d’eau pour la Bretagne, patrimoine historique, architectural, touristique et corridor paysager et biologique que deux siècles de patine en ont fait un monument naturel du paysage inscrit dans la mémoire collective et dont le potentiel touristique est inestimable.
Le comité des canaux demande à ce que le canal de Nantes à Brest dans son intégralité soit maintenu en MEFM.
Pour conclure, et à titre strictement personnel, je m’inscrirai plus dans l’action des collectivités et citoyens du sud-ouest de la France, qui ont fait du canal du Midi un patrimoine inscrit au patrimoine l’UNESCO, que dans cette synthèse qui va, avec un certain anachronisme, à contre courant du mouvement mondial de reconquête des canaux et voies navigables.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, à l’expression de ma haute considération.
Kader BENFERHAT, Président.