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Canal de Nantes à Brest, retour sur un dossier

jeudi 20 décembre 2007


(par Kader Benferhat, Président du Comité des canaux bretons. Titre et intertitres de www.anpei.org)

De la Masse d’Eau Naturelle (MEN) …

Le samedi 8 décembre la chaîne FR3 a diffusé dans le cadre de l’émission « On peut toujours s’entendre » un reportage sur le devenir du canal de Nantes à Brest dans le cadre de la directive européenne relative à la reconquête des qualités des eaux des rivières bretonnes.

Dans le débat, pour justifier d’un classement en masse d’eau naturelle d’une grande partie du canal, l’impact économique de la plaisance fluviale a été réduit à l’activité d’une pénichette et 3 pédalos pour expédier d’une manière simpliste le canal dans la fosse commune de l’Histoire en réservant aux écluses le triste statut de vestiges sorte de pierres tombales pour la mémoire des générations futures !

Dans cet univers ainsi remodelé par la « libération » de l’Aulne de son carcan d’écluses et de déversoirs la démonstration était faite : l’avenir économique et écologique du centre Bretagne ne saurait s’inscrire que dans celui du roi SAUMON dans une eau aux qualités miraculeusement retrouvées…Hypothèse proposée sans doute avant d’être confortée et soutenue par le projet insensé fait par la Commission Vilaine de transformer le canal en masse d’eau naturelle (MEN).

A la Masse d’Eau Fortement Modifiée (MEFM)

La mobilisation de tous les acteurs à Pont- Triffen a sauvé le centre Bretagne d’une catastrophe, le mot n’est pas assez fort, économique et écologique sans précédent. La sagesse et l’intelligence ont prévalu et je remercie l’Agence de bassins Loire-Bretagne pour sa décision de classer tout le canal en masse d’eau fortement modifiée (MEFM).

En étudiant de plus près tous les documents du SAGE Aulne on découvre que cette hypothèse de masse d’eau naturelle ne pouvait être soutenable et on s’interroge sérieusement sur l’inanité d’une telle proposition quand tout semble la contre indiquer.

Un élément curieusement occulté

Nous avions raison de défendre notre canal et le débat aurait été clarifié si un des éléments, curieusement occulté, y avait pris toute sa place. Il s’agit de l’étude officielle intitulée : « Lot N°3 Etude complémentaire, Estimation du poids économique actuel et potentiel des activités liées à l’eau » en date du 22 juillet 2004 demandée par le SAGE Aulne.

Disons le tout de suite, cette étude est très sérieuse, très objective et n’élude aucun problème ; elle trace à travers différents scénarios des pistes prospectives très intéressantes qui méritent d’être poursuivies. De cette étude, un des chapitres particulièrement éclaire précieusement la polémique ou le débat, appelons çà comme on veut, autour des objectifs fixés par la DCE sur l’atteinte du bon état écologique des eaux d’ici 2015 et l’activité halieutique. Il s’agit du chapitre : « La pêche de loisirs ».

Dans ce chapitre disons le l’étude est très complète parce qu’elle couvre sur le sujet tout le périmètre du cahier des charges (bassin de l’Aulne). Après avoir analysé le contexte général, l’état de la ressource, les activités, elle propose relativement à la pêche au saumon deux scénarios qui intéressent notre propos.

- Maintien des barrages, améliorations des passes :

Cette solution accompagnée par une ouverture temporaire au passage des saumons de printemps lorsque la navigation n’est pas encore ouverte, démontre dans ce cas que seul le passage de saumon de printemps sera améliorée, en revanche pour les castillons remontant l’été dans une eau chaude, pauvre en oxygène et chargée en pollution. L’analyse met le doigt sur les vrais problèmes : «  Or le niveau de pollution agricole, en particuliers en nitrates, en phosphores, en microparticules et en matériaux provenant de l’érosion des sols ne peut se mettre à régresser brutalement à partir de la situation actuelle, et l’eutrophisation non plus. Au vu des niveaux atteints, quelles que soient les solutions envisagées une amélioration de la situation par, la reconstruction de talus, la réduction des intrans, la suppression de tout rejet d’effluents dû au hors sol, semble aujourd’hui un objectif à long terme »

- Débarrage :

Là on ne peut être plus clair que le texte lui-même :

« Cette solution ne supprime pas les problèmes de pollution, ni les problèmes de transport des matériaux libérés par l’érosion, spécialement lors des coups d’eau dus au précipitations soudaines après une période de sécheresse. Les dévalaisons sont toujours possibles. En revanche elle régule certainement mieux la température estivale de l’eau. »

Quant à la conclusion « économique » qui précise que la pêche au saumon pose des questions très complexes elle se révèle très claire :

« Le potentiel touristique lié au saumon est un potentiel de long terme et sous condition de ressource. Les hypothèses de son développement et le chiffrage de l’enjeu n’ont pas de sens sans ces conditions Le choix de redèveloppement de la ressource « saumon » ne peut et ne doit sans doute pas être justifiée par le seul critère économique de la pêche touristique dont l’horizon dépasse les termes habituels de la planification économique (10-15ans). Il s’agit bien de la reconquête de la qualité des milieux, de conservation d’un patrimoine faunistique et social. ».

C’est à la source des pollutions qu’il faut s’attaquer

Une telle étude, démontre clairement que la solution d’effacement des écluses, des déversoirs, du profilage et de la revégétalisation des berges était une pure hérésie et dont l’étude aurait pu être économisée vis-à-vis du vrai problème de la reconquête de la qualité des eaux de nos rivières bretonnes. C’est à la source des pollutions qu’il faut s’attaquer, c’est-à-dire à l’échelle des bassins versants et sur toutes les activités sans exclusive mais sans boucs émissaires non plus, par une vraie étude systémique. Une ressource en eau préservée et une qualité des eaux assurée seront les axiomes et le fondement de toute autre activités liées à l’eau. Activités halieutiques, plaisance fluviale, sports nautiques n’en seraient que la valeur ajoutée et bases d’un développement durable à construire ensemble sans dogme ni utopie.

Ce sont ces valeurs là que l’on défend et c’est dans ce sens que le Comité des canaux a toujours travaillé avec tous les acteurs.


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