dimanche 17 février 2008
(L’EXPRESS du 11/02/2008, Mylène Sultan)
Le projet était aussi simple que radical : raser tous les arbres, couler du béton et rassembler différents services sur ce site admirable ! » Il est vrai que le terrain présentait bien des avantages : à quelques minutes du centre-ville, au bord de la rivière… A la fin du xviie siècle, le lieu, aménagé sur d’anciens marécages asséchés, avait été transformé en promenade. « Ces grands jardins à la française longeaient le Doubs et allaient jusqu’à l’hôpital, poursuit cet amoureux de Besançon. Après le siège de 1674, Vauban décida de fortifier l’ensemble, et les promenades furent peu à peu grignotées. » Au xixe siècle, période d’expansion commerciale, les édiles songent à développer la navigation : le tunnel fluvial est percé sous la citadelle et l’on transforme le bassin en gare d’eau, les bateaux chargeant et déchargeant ici les marchandises (bois et vins, notamment) qui voyageaient par le canal. Une activité qui périclita au début du xxe siècle.
(En bordure du bassin, quelques bâtiments publics ont été construits, et l’ancienne Poudrière, reconvertie en siège de France 3. © Bibliothèque et archives municipales de Besançon)
Lorsque l’Etat lança le projet de cité administrative, la gare d’eau était donc à l’abandon depuis longtemps… L’opération démarra sur les chapeaux de roue et, dès 1973, le bassin fut comblé. « C’est alors que j’ai créé une association de défense du site, explique Lionel Estavoyer. Nous avons ferraillé ferme, recueilli des milliers de signatures, mais il a fallu attendre 1978 et la venue d’un nouveau préfet, Michel Deneuil, pour que le bassin soit rendu à lui-même. » Avec tout de même la construction de quelques bâtiments publics (hôtel de police, chambre de commerce…) et du siège de France 3, dans les locaux de la Poudrière, sauvée du coup de la décrépitude. Depuis, les berges du Doubs s’offrent aux promeneurs et le parc de la Gare-d’Eau a repris vie. Chaque année, à la fin du mois d’août, on y guinche façon guinguette et, en septembre, on s’y murmure des Mots Doubs.